La régate se déroule comme un film au ralenti. Les voiles immenses des trimarans lémaniques ont du mal à se gonfler tant Eole est capricieux en ce week-end caniculaire de fin d'été. Sur les quais d'Ouchy, les spectateurs retiennent leur souffle de peur de freiner les voiliers. Heureusement, ces bateaux-là n'ont pas besoin de grand-chose pour avancer. Ils créent leur propre vent et progressent à 6 nœuds lorsque l'anémomètre n'affiche qu'un nœud. Et alors que n'importe quelle autre épreuve vélique aurait été annulée dans de telles conditions, le Grand Prix du Beau-Rivage Palace se déroule comme prévu, lentement mais sûrement.

«De la F1 sans carburant»

«C'est un peu comme un Grand Prix de Formule 1 sans trop de carburant, commente Ellen

MacArthur, 2e du dernier Vendée Globe. Mais ces bateaux sont géniaux et c'est intéressant même s'il y a peu de vent.» Invitée à venir disputer cette régate lausannoise, la jeune Britannique a retrouvé deux camarades du dernier Vendée Globe, le Breton Michel Desjoyeaux et le Vaudois Bernard Stamm. Ainsi que le spécialiste du multicoque Loïck Peyron et le triple champion olympique allemand Jochen Schuemann, l'un des barreurs du défi suisse Alinghi. Ces cinq skippers se sont succédé à la barre des quatre multicoques lémaniques: le catamaran Alinghi d'Ernesto Bertarelli, le trimaran Bédat & Co de Nicolas Grange, Happycalopse de Marc-Edouard Landolt et le catamaran Ylliam de Pierre-Yves Firmenich.

Réputé pour sa vélocité dans les petits airs, Ylliam, malgré son grand âge, a remporté l'épreuve devant Alinghi, Bédat & Co et Happycalopse. «Alinghi, plus léger et plus rigide, est le plus abouti. Mais c'est sympa de voir que des veilles charrues comme Ylliam sont encore performantes dans ce type de temps», souligne Michel Desjoyeaux. «Les catamarans sont avantagés dans les petits airs par rapport aux trimarans», ajoute Loïck Peyron, vainqueur du classement des skippers.

Le navigateur baulois est un grand spécialiste du multicoque puisqu'il est sur le circuit des trimarans de 60 pieds (ndlr: 18,24 m) depuis plus de dix ans. De plus, il a l'avantage d'avoir participé à toutes les éditions du Grand Prix du Beau Rivage Palace. «Cette année, c'était très intéressant malgré le manque de vent car c'est d'autant plus technique. J'ai l'avantage de bien connaître les équipages et vice-versa, ce qui aide pour la communication à bord. Ils osent me donner des ordres et inversement lorsque c'est nécessaire. Par petits airs, les départs sont très importants et à ce niveau-là, ça a été un excellent entraînement à une semaine du Grand Prix de Fécamp (ndlr: comptant pour le Championnat des multicoques de 60 pieds).»

Michel Desjoyeaux est également un connaisseur en matière de multicoques pour avoir régaté, il y a quelques années, sur les Formule 40, – les ancêtres des Formule 1 du lac – et pour disputer le circuit des 60 pieds comme équipier. Le vainqueur du Vendée Globe a soufflé, dimanche, la deuxième place à Jochen Schueman grâce à une victoire lors de la dernière manche. «Il faut avoir les nerfs solides, raconte-t-il. C'est très tactique par ce type de temps car il faut essayer d'éviter les manœuvres, très pénalisantes, quitte à rallonger la route. En revanche, ce n'est pas très physique même si on transpire beaucoup!»

Bien que déçu de se faire ravir la deuxième place sur le fil, Jochen Schuemann se montrait ravi de son baptême en multicoque: «Il y a eu quelques régates très serrées et intenses. C'était sympa. Les principes sont les mêmes qu'en monocoque, mais l'expérience permet une meilleure anticipation sur ces machines qui accélèrent très vite et dont les angles de virement sont différents.»

Bernard Stamm peu à l'aise

Plus à l'aise sur les océans qu'entre trois bouées, Ellen MacArthur et Bernard Stamm n'ont pas fait le poids face aux régatiers. Mais ils ont apprécié l'exercice. «Je suis content car c'est la première fois que j'ai l'occasion de monter sur ces engins», avoue le skipper vaudois. Victorieuse lors de la première manche à la barre d'Alinghi, la jeune Britannique a eu plus de difficultés par la suite notamment lorsqu'une erreur lui a valu une pénalité. «Ce n'est déjà pas facile de virer sur ces bateaux, surtout lorsqu'il y a peu de vent, alors imaginez faire un 360°», rigole-t-elle. Mais l'essentiel pour elle était de s'amuser et de faire rêver les enfants, à qui elle n'a cessé de signer des autographes. Comme ce petit garçon qui s'est construit un catamaran miniature avec du bois, de la ficelle et des sacs-poubelle en guise de voiles. «C'est super!» lance-t-elle attendrie. Et de se rappeler que pour elle, c'est un peu comme ça que tout a commencé.