Pour la Suisse, numéro un: Roger Federer; numéro deux: Lorenzo Manta. On savait depuis le début de la semaine que Marc Rosset, à l'instar d'autres membres de la délégation helvétique, était souffrant. De là à imaginer que le pilier de l'équipe de Suisse, qui dispute à partir d'aujourd'hui les quarts de finale de la Coupe Davis contre la Belgique, ne serait pas sélectionné en simple, il y a un pas que peu de monde était prêt à franchir. Telle est pourtant l'annonce officielle qui a été faite à l'occasion du tirage au sort par le juge-arbitre de la rencontre, Alan Mills, dans une salle de l'Hôtel de Ville situé sur la Grand-Place de Bruxelles.

Le capitaine de la formation helvétique avoue avoir effectué son choix le matin même: «J'ai demandé à Marc comment il se sentait. Il m'a répondu qu'il allait mieux mais qu'il n'était de loin pas encore à 100% de ses moyens. A partir de là, ma décision était prise.» La désignation du remplaçant du Genevois pouvait pourtant prêter à discussion. Si l'on admet que Roger Federer, de par son classement et son talent, bénéficie d'une situation privilégiée, il n'en va en apparence pas de même lorsqu'il s'agit de trancher entre Lorenzo Manta et George Bastl. Le joueur de Winterthour vient certes de briller à Wimbledon, mais le gazon londonien n'a qu'un rapport très lointain avec la lente terre battue proposée par les organisateurs bruxellois au pied de l'Atomium.

«L'expérience de Lorenzo, notamment celle des rencontres au meilleur des cinq manches, s'est révélée décisive», a déclaré Claudio Mezzadri. Il est vrai que Manta a réalisé ses débuts en Coupe Davis il y a quatre ans déjà contre la Hollande à Genève, lorsqu'il avait remplacé au pied levé un certain Marc Rosset qui s'était blessé lors du premier simple de la partie. Engagé tout d'abord en double aux côtés de Jakob Hlasek, il avait subi une honorable défaite en quatre sets avant de s'incliner en trois manches lors du troisième simple face à Richard Krajicek, sa victime de marque à Wimbledon.

Depuis la retraite de Hlasek, Lorenzo Manta est devenu, associé à Rosset, titulaire d'une paire de double helvétique qui a obtenu des résultats plus que respectables puisqu'elle n'a été battue qu'une fois, en Suède en 1997. C'est lors de ce même affrontement face aux Suédois qu'il a disputé sa seule rencontre de simple ayant une importance pour le résultat final. En l'occurrence, il avait essuyé une défaite, sans démériter toutefois, en trois sets face à Thomas Enqvist. Si l'argument de l'expérience avancé par Mezzadri est pertinent, on se doit de constater que Manta n'est pas à l'aise du tout sur terre battue, un revêtement qu'il évite dans la mesure du possible. Cette saison, son bilan sur cette surface se résume à un revers très sec subi la semaine dernière à Gstaad face à Albert Costa. C'est peu, trop peu selon toute vraisemblance pour espérer obtenir un point en simple face à la Belgique.

George Bastl aurait-il eu de meilleures chances de succès? Le Villardou n'est pas un spécialiste de la terre battue non plus, mais, même s'il s'est révélé lui aussi décevant à Gstaad en perdant dès le premier tour face à un joueur issu des qualifications, il a réalisé juste auparavant une bonne performance au tournoi challenger de Lugano, où il n'a échoué qu'au stade des demi-finales. En Coupe Davis, Bastl ne bénéficie en revanche que d'une expérience limitée. Il avait affronté l'année dernière en Espagne Alex Corretja dans une rencontre sans enjeu et s'était incliné en deux sets. Claudio Mezzadri a jugé que c'était insuffisant pour valoir une sélection. Ce point de vue se défend et ne suscitait en tout cas chez Bastl aucun sentiment de révolte.

Que Rosset ait été remplacé par Manta au lieu de Bastl ne modifie pas la constatation suivante: la cote de la Suisse a singulièrement baissé. Même si le Genevois est annoncé en double samedi et peut, à la faveur d'un forfait d'un autre joueur devant être cette année encore justifié par un certificat médical, entrer en ligne de compte dimanche, on voit mal comment les Helvètes pourraient revenir d'un score déficitaire de 0-2. Cela signifie que le poids de la rencontre pèse essentiellement sur le joueur qui est devenu numéro un en lieu et place de Rosset: Roger Federer. Le Bâlois a du talent, du cran aussi. Dans un premier temps, la perspective des responsabilités nouvelles l'a toutefois déstabilisé quelque peu. Ses résultats récents ne plaident pas non plus en sa faveur. Il n'est cependant pas impossible que les circonstances fassent de lui, après ses brillants débuts dans l'épreuve à Neuchâtel contre l'Italie, un vrai joueur de Coupe Davis. Comme Marc Rosset.

Programme

Vendredi 12 h: Lorenzo Manta-Xavier Malisse, Roger Federer-Christoph Van Garsse.

Samedi 14 h: Filip Dewulf/Malisse-Marc Rosset/Manta.

Dimanche 12 h: Federer-Malisse, Manta-Van Garsse.