Aquoi reconnaîtra-t-on un athlète suisse à Sydney? Avec un peu de chance, à sa tenue. Grise, rouge ou blanche selon qu'elle soit prévue pour la cérémonie d'ouverture ou la ville, toujours très fonctionnelle, sans grande originalité. Pour présenter les variantes à la presse et aux sponsors, rien de tel que quatre sélectionnés sympas, mais un peu anxieux: Magali Messmer (triathlon), Caroline Lüthi (aviron), Karel Novy (natation) et Christian Belz (athlétisme). Le rituel du mannequinat est désormais rodé, mais l'Association olympique suisse voulait faire les choses en grand, vendredi à Buochs, pour insister sur l'importance des JO: tente montée à côté de la piste de l'aérodrome, panneaux avec slogan «Go for Gold», podium de défilé à la milanaise, musique disco et buffet australien.

La tension monte

A 28 jours du début des Jeux olympiques, la tension monte au fur et à mesure que l'énorme opération «Sydney 2000» progresse. Jeudi, sept tonnes de matériel est parti de Suisse par avion pour l'Australie, parmi lequel les embarcations de voile et d'aviron… ainsi que 30 trottinettes pour aider les athlètes à se déplacer dans le village olympique. Au milieu du mois de juillet, huit autres tonnes comprenant des bagages et plusieurs milliers de bouteilles du sponsor Rivella avaient été embarquées sur un cargo. De leur côté, plusieurs sportifs ont déjà fait leurs valises: les frères Marazzi (voile) sont aux Antipodes depuis le début du mois d'août, et les 103 ou 104 autres sélectionnés les rejoindront en vingt tranches d'ici au 18 septembre, accompagnés par 74 entraîneurs et autres membres de la délégation.

Tout cela, évidemment, coûte cher: un peu plus de 2 millions de francs suisses pour le total de l'opération, financés par le comité d'organisation australien (340 000 francs de participation au voyage), le programme de Solidarité olympique du CIO (230 000), le Sport-Toto (1,21 million), des partenaires (37 000 francs) et le programme de marketing «Swiss Olympic Top» (280 000). Celui-ci, nourri par douze grandes entreprises, distribuera également des «primes à la performance»: de 3000 francs pour une huitième place individuelle à 20 000 francs pour une médaille d'or.

Mais rien n'est trop beau pour les Jeux olympiques. D'autant que cette délégation suisse réduite mais de qualité «peut espérer obtenir plusieurs médailles», reconnaît Hansjörg Wirz, le chef de délégation, également directeur du meeting de Zurich et président de l'Association européenne d'athlétisme. A Barcelone, en 1992, la Suisse avait obtenu une seule médaille et 17 places en finale. A Atlanta, quatre ans plus tard, elle avait haussé ses statistiques à 7 médailles et 17 places en finale. Cette année, le patron compte avant tout sur «trois sports où la Suisse a une équipe performante, et non seulement l'une ou l'autre individualité»: l'hippisme (avec notamment Christine Stückelberger en dressage et l'équipe de saut – Markus Fuchs, Beat Mändli, Willi Melliger et Lesley McNaught), le cyclisme (Bruno Risi et Kurt Betschart sur piste, Thomas Frischknecht, Barbara Blatter et Chantal Daucourt en VTT, Oscar Camenzind et Markus Zberg sur route) et l'aviron (avec Xeno Müller et les frères Gier). Mais il espère également récolter ici ou là quelques médailles grâce à des individualités: en judo (Sergei Aschwanden), en lutte (Urs Bürgler et Gregory Martinetti), en tir (Gaby Bühlmann), en athlétisme (André Bucher), en escrime (Gianna Hablützel-Bürki et Diana Romagnoli), en beach-volley (les frères Laciga), en canoë (Sandra Friedli), en natation (Flavia Rigamonti), en triathlon (Brigitte McMahon et Magali Messmer) ou encore en gymnastique (Dieter Rehm).

Pour y parvenir, les responsables de la délégation ont pris un maximum de précautions afin de faciliter l'adaptation des sélectionnés à un contexte inhabituel. «Non seulement les Jeux sont une manifestation particulière en raison de leur gigantisme et de la pression, souligne Hansjörg Wirz, mais cette année, ils se déroulent tard, à une période qui correspond au printemps australien. Il se pourrait donc que la température soit fraîche. Par ailleurs, le voyage jusqu'à Sydney est long, et il faudra s'adapter aux neuf heures de décalage horaire.»

«Swiss Restaurant»

Plusieurs équipes, comme celles de natation et d'athlétisme, partiront ainsi déjà début septembre en Australie en camp de préparation, loin de l'agitation de Sydney. Les athlètes se retrouveront même à plus de 1000 kilomètres du village olympique, sur une île dans la région de Brisbane, avant de rejoindre leurs quartiers pour les Jeux. Un village, ou plutôt une petite ville de 15 000 lits, où la délégation suisse occupera un quartier vert et tranquille. Seuls les spécialistes de l'hippisme, du beach-volley et du canoë-kayak résideront ailleurs, plus près de leur lieu de compétition décentralisé. Et si l'un ou l'autre souffre du mal du pays, il n'aura qu'à monter dans un bus jusqu'au centre de Sydney, dans l'un des plus beaux endroits de la ville appelé Circular Quay, où un «Swiss Restaurant» temporaire de 300 places fera office de «stamm» pour la délégation suisse.