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Si proche et tellement loin des joueurs de la Nati

Suivre l’équipe de Suisse de football ne permet pas de faire copain-copain avec les joueurs, que l’on côtoie de près mais toujours de derrière des barrières – réelles ou figurées

«Il est sympa, Shaqiri?»

Voilà la question qui me sera posée à coup sûr, dans quelques jours, lorsque je rentrerai du Portugal où se dispute jusqu’à dimanche le Final Four de la Ligue des nations. Alors faudra-t-il que je l’admette: je ne sais pas.

Depuis mon arrivée au sein de la rédaction du Temps en octobre 2015, je m’occupe entre autres choses de couvrir l’actualité de l’équipe de Suisse de football. J’étais en France pour l’Euro 2016, en Russie pour le Mondial 2018, j’ai assisté à bon nombre de matchs et d’entraînements aux quatre coins du pays comme à l’étranger.

Mais je n’ai jamais partagé ne serait-ce que quinze minutes et un café en tête à tête avec Xherdan Shaqiri. Ni d’ailleurs avec Granit Xhaka ou Haris Seferovic. Je les ai vus à de multiples reprises, je les «connais» dans le sens où je scrute leurs faits et gestes sur le terrain et en dehors, mais vous dire si les mecs qui se cachent derrière les footballeurs sont sympas? J’en serais incapable. Les journalistes qui «suivent» (c’est le terme consacré) la Nati en sont à la fois très proches et très éloignés, dans une relation de travail codifiée jusque dans ses moindres détails.

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«A disposition des médias»

Un exemple: il est possible pour les représentants des médias de voyager à l’étranger avec le même avion que les hommes de l’équipe de Suisse. C’est plus onéreux que de s’organiser soi-même, mais je l’ai fait la toute première fois en pensant qu’attendre ma valise en même temps que les joueurs constituerait une bonne opportunité de discuter. Eh bien non: il est établi depuis quelques années que les interviews ne sont possibles ni pendant le vol, ni en transit à l’aéroport.

On ne peut pas non plus assister à tous les entraînements. Certains se déroulent à huis clos, d’autres tolèrent la présence des médias quinze minutes (essentiellement pour permettre aux photographes de travailler), quelques-uns enfin sont entièrement ouverts au public. En sept jours au Portugal, il n’y en avait qu’un de prévu, ce jeudi matin. Je termine d’ailleurs ce texte en y assistant.

La séance finie, il y aura «un ou deux joueurs à disposition des médias», une opportunité de rencontre quotidienne pendant les rassemblements. Nous découvrons souvent à la dernière minute quel footballeur viendra, sans prise sur le choix, mais les responsables sont sensibles à l’actualité. Lundi est tombée l’annonce du transfert d’Edimilson Fernandes à Mayence, c’est lui qui est venu l’après-midi parler aux journalistes. Aujourd’hui, cela sera Xherdan Shaqiri et Fabian Schär.

Moments de qualité

Mais ce ne sont pas des conditions propices aux confidences. Imaginez un footballeur seul, souvent jeune, devant un minimum d’une dizaine de journalistes dont les questions passent du coq à l’âne et dans quatre langues différentes. Ajoutez à cela qu’il sait pertinemment que le moindre mot de travers ou un rien provoc tournera en boucle sur les réseaux sociaux. Vous obtenez de quoi lui sculpter une belle langue de bois. Difficile de l’en blâmer.

De manière générale, c’est par groupes que nous avons accès aux joueurs. Il y a les conférences de presse d’avant-match, le(s) joueur(s) sur scène, les journalistes dans la salle à demander le micro pour poser une question. Il y a les «zones mixtes» d’après-match, où les footballeurs transitent entre le vestiaire et le car sans obligation de s’arrêter. Mais les Suisses le font presque toujours. Se forment alors autour d’eux des grappes de reporters, micros ou portables tendus pour capter quelques bribes des réponses aux questions que, souvent, d’autres ont posées. Si la zone mixte est assez grande, on peut bien tenter d’attendre le joueur qui nous intéresse loin de la meute, mais c’est quitte ou double: s’il a déjà parlé longtemps aux confrères, il y a bien des chances qu’il file tout droit.

Il y a enfin les interviews organisées à la demande, souvent en début de rassemblement, encore en Suisse, où nous ne sommes parfois que deux ou trois, dans un contexte plus détendu. C’est là qu’il est possible d’aller plus en profondeur et d’avoir un échange vraiment humain avec les joueurs. Je me rappelle notamment de moments agréables avec Breel Embolo et Johan Djourou.

Alors là je peux vous le dire: oui, ils sont sympas.

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