Il y a un mois s'achevait le Tour de France. Un mois durant lequel la menace du dopage n'a cessé de planer au-dessus du cyclisme. Un mois où les chiffres inquiétants des uns ont succédé aux propos rassurants des autres, où la somme d'incompréhensions entre le Ministère des sports français et l'Union cycliste internationale (UCI) a encore grandi; où un coureur, Emmanuel Magnien (La Française des Jeux), risque une lourde suspension pour, affirme-t-il, avoir seulement voulu soigner une allergie au pollen. Et où, enfin, on a appris qu'une réunion destinée à mettre en garde les médecins des équipes italiennes s'était tenue le 27 juin après que des corticostéroïdes ont été retrouvés chez plus de 80 coureurs lors du dernier Giro…

Pour commencer, l'UCI annonçait, quelques jours après l'arrivée du Tour, l'absence de cas de dopage, ajoutant que la présence de substances, décelée dans certains échantillons d'urine, était justifiée par des prescriptions médicales. Le 8 août dernier, le Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD), qui dépend du Ministère des sports français, indiquait que 45% des contrôles effectués lors du Tour avaient fait apparaître des traces de substances interdites. A propos des conclusions du CPLD, l'UCI se demandait «si l'on ne pouvait pas parler d'une certaine malhonnêteté intellectuelle», et menaçait de ne plus effectuer un seul contrôle sur le territoire français.

Là-dessus, le Conseil national de l'ordre des médecins français se disait «surpris par le nombre anormalement élevé de sportifs ayant eu recours» à des médicaments (corticoïdes et bronchodilatateurs) «normalement réservés au traitement de maladies sérieuses ou graves». Et l'on reparlait de ses fameuses ordonnances dont on peut penser que certaines d'entre elles sont délivrées avec complaisance.

Aucun communiqué officiel, en revanche, pour évoquer l'importante réunion du 27 juin, à l'hôtel Astoria de Gallarate, près de l'aéroport milanais de Malpensa, dont le but était d'adresser une mise en garde aux équipes devant l'utilisation massive de corticostéroïdes. Ce jour-là, le docteur Zorzoli, représentant la commission médicale de l'UCI, avait convié en toute discrétion la majorité des médecins des groupes italiens ayant participé au Giro. Seule la Mapei n'est pas invitée, «parce que nos coureurs ne sont pas concernés» par cette affaire, assure la direction de l'équipe.

Le journaliste romain Eugenio Capodacqua révèle sur son site Internet (www.sportpro.it) que 80 coureurs environ ont utilisé des «cortico» pendant le Tour d'Italie, et que 20% d'entre eux n'ont présenté aucune justification thérapeutique. Toutefois, aucune sanction n'a été prise. Primo, parce que les athlètes ignoraient, avant l'épreuve, que les corticostéroïdes y seraient recherchés; secondo: la méthode du laboratoire de Rome ayant procédé aux analyses ne serait pas fiable à 100%.

Y aurait-il donc inégalité des chances dans la lutte contre le dopage? Il faut le croire puisque d'un côté, l'absolution est accordée à des coureurs qui ont commis une faute, de l'autre, le Français Emmanuel Magnien pourrait être sanctionné et privé de participation aux Jeux olympiques pour avoir subi, avant le Tour de France, une injection intramusculaire de cortisone (Kénacort 80), pour soigner une allergie, et non sous une forme intra-articulaire comme l'exige le règlement médical. «Il aurait suffi de changer un mot sur le carnet de santé de Magnien, mais je ne fais pas de faux, souligne le docteur Gérard Guillaume, médecin de La Française des Jeux. Les coureurs du Giro ont juste reçu un petit avertissement. Il y a donc un règlement en juin, et un autre en juillet: c'est hallucinant!»