« Le comité de football de l’A. S. F. a pris note, dans sa dernière séance, de la tournée en Suisse conclue par le Manchester United. Cette excellente équipe de première division jouera le 14 mai à Bâle contre Old Boys; le 15 mai à Lausanne contre le Lausanne-Sports; le 22 mai à Genève contre le Servette; le 26 mai à Zurich contre Young Fellows, et le 29 mai à Berne contre le F. C. Berne. […] »

« Manchester United: 5 Servette: 1

Les «pros» anglais ont mérité la grande réputation qui leur a été faite et les fervents de la balle ronde ont pu, hier, [du] commencement à la fin de la partie, se faire une idée très exacte du football professionnel anglais, tel qu’il est pratiqué couramment dans le championnat britannique.

Les United, à ce point de vue, n’ont déçu personne. Leur team, composé d’hommes aux qualités variées quoique assez égales, a joué pendant 90 minutes, sans jamais ralentir le rythme, comme une belle machine réglée à la perfection. Tous les hommes savent leur «métier»; adresse incomparable sur la balle, qu’ils manient avec une dextérité, une aisance renversantes; connaissance approfondie et application merveilleuse de l’art du démarquage, un sens parfait des situations, le tout réalisé avec une facilité, avec un naturel si phénoménal que l’on en reste absolument déconcerté.

Dans les corps à corps, les pros ne le cèdent en rien à leur virtuosité, la charge […] est toujours appuyée, et leur grand entraînement physique leur permet d’attaquer toujours, de pousser l’adversaire sans répit en attaque comme en défense.

Contrairement à ce que nous pouvions espérer, nous ne vîmes pas les United procéder par des passes classiques à ras terre. Le plus souvent ils pratiquèrent, avec une précision heureuse, le jeu en l’air.

Mais pas l’horrible jeu imprécis, maladroit et inintelligent qui distingue la plupart de nos équipes. Non, un jeu commandé par le cerveau, exécuté avec une clarté d’une netteté sans pareille et lorsque des pieds, pourtant combien habiles, n’y suffisaient pas, les pros se servaient avec brio de la tête pour imprimer des effets déroutants à la balle.

Pourvus d’un si riche bagage, les Anglais prirent et gardèrent la maîtrise du jeu, manœuvrant à leur guise les Servettiens, qui, quoique très énergiques et courageux, faisaient mine de petits collégiens devant des professeurs.

Et c’est pourquoi nous regrettons que ces «pros» qui, en science, en technique, en tous compartiments étaient supérieurs de presque deux classes aux locaux, n’aient pas traduit cette indéniable supériorité par une réalisation plus satisfaisante. Car, en somme, des cinq buts réussis par eux, aucun n’arracha l’admiration et deux, sinon trois d’entre eux furent plus la conséquence d’un gardien émotionné que la récompense de mouvements de style pur. […] »