Reprenons, à tête «reposée». Bien sûr, la frappe de Xabi Alonso aurait pu terminer sa course ailleurs que sur la transversale de Diego Benaglio. Bien sûr, l’un des vingt-trois autres tirs espagnols adressés en direction du but helvétique – dont huit cadrés – aurait pu faire mouche. Bien sûr, comme dit Stéphane Grichting, «pour battre une telle équipe il fallait avoir de la baraka et on l’a eue». Bref, avec des «si», l’équipe de Suisse n’aurait jamais battu la redoutable Roja. Mais une fois la sensation dégonflée et l’émotion retombée, on se rend compte que l’improbable exploit peut s’expliquer de façon quasi scientifique.

«Nous étions programmés sur ce premier match depuis très longtemps», déclarait Michel Pont, adjoint du stratège Ottmar Hitzfeld, mercredi soir à Durban une fois le forfait accompli. «Nous avons appliqué à la lettre ce que nous avons préparé depuis un mois, tant au niveau tactique que sur l’état d’esprit, le sacrifice et l’engagement. L’objectif n’était évidemment pas de rivaliser avec l’Espagne en termes de possession de balle, parce qu’aucune équipe au monde n’en est capable, à part peut-être le Brésil ou l’Argentine.»

Premier point: plutôt que de se prendre pour qui elle n’est pas, la Suisse a eu la sagesse de laisser l’initiative du jeu aux Iniesta, Xavi et autres Busquets. Résultat: 63% de possession de balle pour l’armada de Vicente Del Bosque. Deuxième point: plutôt que de s’essouffler en vain dans la partie de terrain adverse, la phalange d’«Ottmarabout» a planté deux rideaux de quatre joueurs chacun, très bas dans le terrain. «Il n’y avait pas trente-six solutions face à une équipe aussi technique», explique Stéphane Grichting. «Si on était allés les chercher un peu plus haut, je pense qu’on en aurait pris quatre ou cinq.»

Laisser venir, donc. Mais surtout pas n’importe comment. On connaissait le système de l’entonnoir, qui consiste à aspirer les offensives adverses dans l’axe afin de mieux les étouffer. Ottmar Hitzfeld a renversé l’ustensile afin de mieux cuisiner la Seleccion. «On a volontairement laissé un peu d’espace sur les côtés pour faire monter les latéraux Sergio Ramos et Joan Capdevilla», reprend Pont, «puis de travailler sur leurs centres». Au total, il y en eut quarante-deux (!), soit presque un toutes les deux minutes; aucun n’a réellement mis le feu dans la surface d’un Benaglio impeccable – condition sine qua non à la réussite de l’entreprise.

Et voilà le travail. Ne jamais paniquer face à la circulation de balle des Espagnols – ils ont aligné 683 passes contre 318 à la Suisse; boucler au mieux les espaces au nom de la sacro-sainte compacité; ne rien lâcher dans les duels; et commettre la petite faute idoine si nécessaire – vingt et une au total, le plus souvent assez loin du but. Saupoudrez le tout d’une abnégation sans faille et d’une concentration de tous les instants, et le tour est joué.

A quelques nuances près, Ottmar Hitzfeld a appliqué une méthode comparable à celle concoctée par José Mourinho pour éliminer Barcelone avec l’Inter en demi-finale de la Ligue des champions. On signalera toutefois, sans faire insulte à personne, que le Portugais bénéficiait d’un matériel humain qualitativement très supérieur. De quoi rehausser encore la performance du collectif helvétique.

«Le système passe avant les hommes», dit au lendemain de l’exploit Blaise Nkufo, travailleur de l’ombre et auteur de la déviation qui amena le but de Gelson Fernandes. L’attaquant, sevré de ballons au même titre que son compère Eren Derdiyok, mais essentiel en tant que premier rempart du bunker, dessine la suite du programme, fixée lundi à Port Elizabeth: «Le Chili est une grande équipe, sa deuxième place derrière le Brésil lors de la phase qualificative parle pour elle.» A n’en pas douter, une tactique est à l’étude… A moins d’un miracle, la Coupe du monde est terminée pour Philippe Senderos. Victime de la même blessure qu’Alex Frei, une distorsion de la cheville, le Genevois est officiellement forfait pour les deux rencontres contre le Chili et le Honduras. Le docteur Cuno Wetzel laisse une porte ouverte à un retour du défenseur genevois pour un éventuel huitième de finale. Mais en indiquant que sa blessure est plus douloureuse que celle de Frei, le praticien interdit tout espoir. Senderos s’est blessé mercredi à Durban lors de la rencontre contre l’Espagne, dans un choc malheureux avec Lichtsteiner.