L'Australie a dépensé sans compter pour préparer ses athlètes aux Jeux de Sydney. Une avalanche de dollars a été versée sur les fédérations olympiques. Mais, surprise, les sportifs n'en ont souvent jamais aperçu la couleur. L'équipe féminine de handball, par exemple, a traversé l'olympiade les poches vides et les talons usés. «Nous avons payé nous-mêmes nos tenues officielles et notre équipement, raconte Fiona Hannan, l'une des nouvelles recrues. Notre budget nous a seulement permis un stage à l'étranger, un mois passé en début d'année en Allemagne et au Danemark. Et encore, nous avons habité chez des amis de certaines joueuses, dormant à même le sol, faute d'argent pour rester à l'hôtel».

Autre exemple: Stella Zhou, une pongiste australienne d'origine chinoise, sélectionnée en simple et double féminins aux Jeux de Sydney. En Chine, cette timide jeune fille élevée près de Canton avait fait du tennis de table un travail à temps plein. Elle s'entraînait six heures par jour, gagnait correctement sa vie et se préoccupait peu de ses fins de mois. Arrivée en Australie à l'adolescence, elle a découvert sans tarder qu'il lui faudrait renoncer à vivre de son sport. «Dans ce pays, je connais seulement quelques nageurs, athlètes, cyclistes ou triathlètes qui font vraiment fortune, dit-elle. Les autres peinent à joindre les deux bouts. Et beaucoup d'entre eux acceptent de lourds sacrifices pour poursuivre leur carrière». Etudiante en comptabilité, Stella Zhou avoue n'avoir reçu aucune aide financière pour préparer les Jeux. «Un sponsor me fournit mon matériel, raconte-t-elle. Mais pour aller aux derniers Jeux du Commonwealth, en 1998, on m'a demandé de payer mon billet d'avion».

Où sont donc passés tous les millions généreusement accordés aux disciplines olympiques par le gouvernement australien? Sam Mack, l'entraîneur national de la lutte, ose un début de réponse: «Les petits sports vivaient depuis toujours avec de faibles ressources. Grâce aux Jeux, ils ont bénéficié d'importantes subventions publiques. Mais la priorité a été de rechercher la performance, car les disciplines qui ne gagneront pas de médailles à Sydney disparaîtront du paysage. Du coup, les sommes les plus importantes ont été investies dans la recherche, l'embauche de techniciens étrangers, les voyages et les stages d'entraînement». La lutte n'a pas fait exception. Ses dirigeants ont recruté un entraîneur américain, puis un autre d'origine russe, envoyé ses meilleurs athlètes séjourner plusieurs semaines de suite aux Etats-Unis et en Europe de l'est. Mais les lutteurs, eux, n'ont pas touché un seul dollar. «Les plus chanceux reçoivent une indemnité de soixante dollars par semaine, raconte Sam Mack. A peine assez pour payer leur essence». Le pays attend pourtant de ses sportifs un triomphe aux Jeux de Sydney, au moins soixante médailles, dont vingt en or. Et personne ne comprendrait qu'ils n'y parviennent pas.