Jeux olympiques, Eurofoot, Tour de France, tennis… Durant toute l'année 2004, le sport déroulera ses fastes sans relâche, avec une intensité rare. Quelques champions ont pris rendez-vous avec l'histoire, tels le cycliste Lance Armstrong et le nageur Michael Phelps. Plusieurs Suisses, eux aussi, vont au-devant de défis excitants.

Tennis, Coupe Davis, 3 au 5 février

La Suisse entreprend un périple hasardeux à Bucarest, où l'attend une salle délabrée, de la terre battue et des juges de lignes notoirement inhospitaliers. Rien à voir avec une sortie de contemporains, malgré le palmarès famélique des joueurs roumains. Pour l'équipe de Marc Rosset, ce premier tour de Coupe Davis marque le début d'une nouvelle aventure. Après avoir atteint les demi-finales en 2003, la Suisse repart en campagne avec des cadres réduits et des espérances grandissantes, attisées par la fidélité quasi chevaleresque que lui voue Roger Federer.

Plusieurs postes seront repourvus, à commencer par celui de numéro 2. Tandis que Michel Kratochvil se débat contre un dos fragile et des humeurs cafardeuses, Rosset pourrait lui préférer le jeune Vaudois Stanislas Wawrinka, a fortiori sur terre battue. En double, le Valaisan Yves Allegro a accepté de développer ses aptitudes dans cette discipline, avec le dessein de former un couple solide avec Federer. Les deux hommes, anciens compagnons de chambre sous le toit fédéral et amis inséparables, seront associés aux prochains Jeux d'Athènes comme en Roumanie. Si la Suisse s'impose à Bucarest, elle recevra très vraisemblablement la France, puis, en cas d'exploit, elle accueillera l'Espagne.

Formule 1, GP d'Australie, 7 mars

La Formule 1 va innover. Tenues par un accord avec l'OMS de chercher d'autres sources de financement que les cigarettiers, leurs partenaires historiques, les équipes ont trouvé leur nouvel eldorado dans le désert: Bahreïn va organiser son premier Grand Prix en 2004. Preuve que cette nouvelle orientation est sérieuse, Minardi tente de dénicher un pilote arabe pour conduire ses «bolides».

Cette année, Peter Sauber ne disposera plus de l'excuse servie au fil des Grand Prix: la soufflerie de son écurie, à la pointe de la technologie, a été inaugurée cet hiver. Un aérodynamisme amélioré, point faible des Sauber par le passé, devrait lui permettre de coller aux meilleurs, d'autant que la collaboration technique avec Ferrari est de plus en plus étroite. Avec les pilotes Felipe Massa, et surtout Giancarlo Fisichella, désigné par ses pairs comme le meilleur pilote du circuit – et fortement pressenti pour succéder un jour à Michael Schumacher chez Ferrari… –, Peter Sauber dispose de deux bons atouts. Avec un peu de chance, 2004 pourrait être l'année du retour d'un Suisse au volant d'une F1: en cas d'absence de l'un des deux pilotes officiels, Peter Sauber pourrait faire appel à Neel Jani, son actuel testeur.

Hockey, Mondiaux, 24 avril au 9 mai

L'événement, pour l'aspect romanesque du moins, consistera en le retour de Viktor Thikhonov, entraîneur inamovible de la Sbornaja soviétique, aux commandes de la Russie. Nul ne sait trop si l'homme était un tyran à la solde du régime ou un patriarche de son temps, sourcilleux et impavide, mais la Russie n'a pas hésité à le sortir de l'oubli – et avec lui quelques périodes sombres de son histoire – pour conquérir sa grandeur perdue.

La Suisse, de son côté, entamera ces Championnats du monde avec des espoirs immenses. A Prague, la formation dirigée par Ralph Krueger peut raisonnablement envisager d'accéder aux quarts de finale. Le Canada, l'Autriche et la France lui donneront la réplique au tour préliminaire (deux places qualificatives). Dès son arrivée il y a six ans, Krueger s'est mis en demeure de, un jour, hisser le drapeau rouge et blanc au mât d'honneur. Quand bien même l'équipe suisse de hockey sur glace, de toute son existence chaotique, n'a jamais obéi qu'à ses propres états d'âme, une médaille ne paraît nullement illusoire en la circonstance.

Football, Euro «M21», 27 mai au 2 juin

Le football suisse, en sélection du moins, est en plein boom. La perspective de disputer l'Euro 2008 à domicile et les efforts de longue haleine consentis au niveau de la formation ne sont pas étrangers à cet élan rouge à croix blanche. Et l'équipe des «moins de 21 ans» dirigée par Bernard Challandes illustre à merveille le phénomène.

Demi-finaliste de l'Euro 2002, la Suisse a éliminé la République tchèque, tenante du titre, pour s'octroyer le droit de participer à l'édition 2004, en Allemagne, au printemps prochain. Face à des formations qui lui sont intrinsèquement supérieures, la Suisse devra lutter avec les valeurs que son bouillant entraîneur lui communique avec ferveur: enthousiasme, combativité et abnégation. La compétition servira de répétition générale à l'Euro des «grands», deux semaines plus tard au Portugal.

Football, Euro 2004, 12 juin au 4 juillet

Plusieurs signes laissent penser que le spectacle de l'Euro 2004 sera attrayant, dans les dix stades portugais. Les deux équipes favorites, la France tenante du titre et la République tchèque, pratiquent le plus beau jeu que l'Europe ait produit depuis longtemps. Le capitaine tricolore, Zinédine Zidane, récemment couronné meilleur joueur 2003 par la FIFA, est au sommet de son art. Cet Euro pourrait être sa dernière grande compétition internationale. Celui qui pourrait être la grande révélation pour le grand public est prêt à prendre sa succession: Francesco Totti mène avec classe l'AS Roma en tête du championnat italien.

Quel spectacle ce serait de voir le groupe de Köbi Kuhn s'affirmer à ce niveau! Pour la plupart des joueurs suisses cependant, il s'agira de leur première compétition internationale. Le groupe est là pour apprendre. L'objectif, a osé le sélectionneur adjoint Michel Pont, est de mener la Suisse au titre européen, chez elle, en 2008.

Cyclisme, Tour de France, 3 au 25 juillet

Les paillettes et les émotions générées par le Tour du Centenaire sont encore dans tous les esprits. Après quelques années creuses, la Grande Boucle a repris de l'altitude, solidifiant sa cote d'amour auprès du public. Comment le peloton pourra-t-il faire mieux en 2004?

Entre un départ wallon, à Liège, et la traditionnelle arrivée sur les Champs-Elysées, les ténors auront 3395 kilomètres pour se départager. Le parcours, tout au long duquel l'Américain Lance Armstrong tentera de mater son rival Jan Ullrich, à la tête d'une concurrence aux dents longues, pour devenir le premier homme à remporter six fois l'épreuve, est à deux vitesses. La première moitié de course, dénuée de difficulté notoire, devrait permettre aux outsiders de s'illustrer. La seconde, truffée d'obstacle, s'annonce passionnante. Tout pourrait se jouer lors du contre-la-montre individuel de l'Alpe-d'Huez, rendez-vous inédit et savoureux fixé par les organisateurs.

JO, Athènes 2004, 13 au 29 août

Le délire sécuritaire qui entoure ces joutes inquiète moins que les retards accumulés dans l'avancement des travaux. Au stade embryonnaire, Athènes 2004 ressemble à un gigantesque chaos organisé, tout aussi confus qu'un athlétisme décapité par le dopage. Pour ses premiers Jeux d'été dans la fonction de président du CIO, Jacques Rogge ne sera pas épargné.

Mais il y a tout le reste. Il y a Michael Phelps, monstre de férocité maîtrisée, parti pour dépoussiérer les vieux records de Mark Spitz et devenir la référence universelle en matière de natation. Il y a Ronaldo et ses réminiscences olympiques. Il y a les Suisses; Markus Fuchs, Sergei Aschwanden, Sophie Lamon, Roger Federer, Thomas Frischknecht. Et il y a les mille petits prodiges et déboires qui font de chaque olympiade le creuset de la dramaturgie sportive.

Football, qualif. Mondial 2006, 5 septembre

Le Mondial 2006 a commencé le 5 décembre 2003. Lors du tirage au sort, le hasard a composé des groupes à résonance géopolitique particulière. Dans le groupe 2 de la zone Asie, la rencontre Palestine – Irak représentera bien plus que 90 minutes de football. Sur le terrain et en dehors, c'est un peu de l'histoire récente du Moyen-Orient qui se rejouera.

La Suisse retrouvera de vieilles connaissances. La France, favorite du groupe, aura été son adversaire lors de l'Euro portugais. L'Eire, elle, a été sa victime le 11 octobre 2003, date à laquelle les hommes de Köbi Kuhn ont éliminé les Irlandais de la course au même Euro. La Suisse découvrira l'équipe d'Israël, mais peut-être pas ses terrains: la FIFA fait jouer l'Etat hébreu hors de ses frontières, pour des questions de sécurité. Chypre et les îles Féroé complètent le groupe. Dans la perspective de l'Euro 2008, qu'elle dit vouloir remporter et qu'elle coorganise, la Suisse se doit de se qualifier en finissant deuxième du groupe.