Prost et Peugeot, un divorce attendu

Le motoriste français a confirmé cette semaine qu'il quittait le monde de la Formule 1 – et donc l'écurie Prost Grand Prix – à la fin du présent championnat du monde des pilotes. En raison de l'envolée des coûts et pour des raisons stratégiques

Comme souvent, la mariée était belle. Trop peut-être. L'union entre le motoriste Peugeot et l'écurie Prost Grand Prix n'aura même pas vécu quatre ans. Et à l'heure de la séparation, qui sera effective à la fin de la saison, il s'avère que cela n'a jamais été un mariage heureux. Trop de divergences de vue et d'incompréhensions ont abouti à une rupture que l'on sentait inévitable depuis longtemps déjà.

En fait, Alain Prost savait depuis le mois de novembre 1999 qu'il devait se mettre en quête d'un nouveau motoriste, son partenaire technique l'ayant informé qu'il souhaitait quitter la F1. Mardi dernier, le constructeur français a justifié sa décision de se retirer par l'envolée des coûts en F1 et surtout par l'aspect stratégique de son choix: «En 1998, nous avions décidé de nous investir davantage avec l'écurie d'Alain Prost. A hauteur de 30%, tant au plan financier qu'humain. Mais en 1999, les choses ont changé, les coûts ont commencé à s'envoler» a constaté Frédéric Saint-Geours, directeur général d'Automobiles Peugeot. Et si la F1 est plus chère d'une année sur l'autre, ce sont toujours les mêmes qui profitent des retombées. Si on ne s'appelle pas Ferrari, ou McLaren, il faut accepter de partager les 20 à 30% de l'exposition médiatique avec le reste du plateau.

Alain Prost, qui se considère comme lésé dans cette affaire, voit les choses autrement. L'ancien quadruple champion du monde français considère que Peugeot ne s'est jamais donné les moyens techniques et financiers qu'exige la F1, pour justement tenter de déloger McLaren et Ferrari de leur piédestal. Outre une politique floue et dispersée, Prost a souvent reproché à son partenaire, en coulisse, de manquer d'ambition. Ou encore de préférer investir dans le championnat du monde des rallyes plutôt que de concentrer les forces de son département sportif sur la F1.

De fait, c'est presque à contrecœur que Peugeot est resté en Formule 1. Sans Prost, la firme de Sochaux aurait depuis longtemps (fin 1997, à la fin de son contrat avec Jordan) déserté le paddock. A l'époque de l'accord avec l'écurie française, Jacques Calvet, le PDG de PSA, ne cachait pas que le monde un peu clinquant et dispendieux de la F1 «n'était pas sa tasse de thé». Son successeur, Martin Folz, s'est montré un peu plus diplomate, mais à peine plus passionné et c'est lui qui a dit «Stop».

Galère et gâchis

La meilleure saison de Peugeot en F1 aura finalement été la première, quand le V10 étudié à Vélizy, dans la banlieue parisienne, a été accolé à un châssis McLaren: Quelques podiums et une quatrième place au championnat. C'est bien peu pour un investissement estimé à quelques dizaines de millions de francs français par saison. Ayant «supporté» les Français une seule saison, le patron de l'écurie McLaren, Ron Dennis, se demandait ce qu'ils venaient faire dans cette galère, tant ils ne semblaient pas motivés par le défi que la F1 leur proposait.

Frédéric Saint-Geours l'a dit, à la fin de la saison, Peugeot et la F1 ce sera définitivement fini. Mais pour tenter de limiter le gâchis, le constructeur a revendu son «savoir-faire» et l'ensemble de son activité Formule 1 – conception, développement et exploitation – à un groupe de financiers asiatiques, qui s'est fait connaître sous le nom de Asia Motor Technologies (AMT). «Il est stipulé dans le contrat que nous ne rentrerons pas en concurrence avec AMT dans les cinq ans qui viennent. Notre retrait de la F1 est définitif», ont précisé les responsables de Peugeot Sport. C'est aussi un moyen de replacer les 170 employés qui travaillaient pour la F1.

AMT a déjà confirmé qu'il fournirait dès 2001, et pour deux ans, des moteurs à l'écurie Arrows.

De son côté, Alain Prost serait totalement soulagé par cette séparation s'il ne lui fallait pas trouver dans un avenir très proche un moteur de remplacement et d'importants partenaires financiers. Ou encore des acheteurs pour l'écurie qui porte son nom et qui occupe actuellement la dernière place au championnat malgré les efforts de ses pilotes Jean Alesi et Nick Heidfeld – quand ils ne s'accrochent pas. Toutefois, Alain Prost ne fait plus mystère. Il est prêt à céder au plus offrant les 90% de participation qu'il possède encore dans son écurie.

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