Phonak sera fixée sur son avenir ce mardi. A choix: la poule aux œufs d'or ou, sans doute, la disparition pure et simple. La Commission des licences de l'Union cycliste internationale (UCI) livrera la liste définitive des équipes jugées aptes, d'un point de vue économique, sportif et éthique, à figurer sur le plateau de l'UCI Pro-Tour, nouveau circuit professionnel de la petite reine. Si dix-neuf formations sont d'ores et déjà assurées de figurer dans le bon wagon, l'unique groupe helvétique de haut niveau, à qui le vingtième et ultime sésame était réservé, voit encore son destin tenir à un fil. Frappée ces derniers mois par les contrôles positifs de trois de ses principaux coureurs – Oscar Camenzind, Tyler Hamilton et Santiago Perez –, Phonak a été recalée en première instance et a tenté de plaider sa bonne foi en haut lieu le 22 novembre. Avec quel résultat? Le verdict tombe aujourd'hui.

Quel qu'il soit, le futur Pro-Tour – dont l'objectif premier est de garantir aux sponsors des rentrées d'argent à hauteur des investissements consentis – a encore des zones d'ombre à éclaircir. Car à quelques mois de l'ouverture des feux – le 6 mars 2005 avec le départ de Paris-Nice –, le calendrier officiel demeure amputé de nombre de ses plus beaux fleurons en raison d'un conflit opposant l'UCI aux organisateurs des trois grands tours nationaux – France, Italie, Espagne. Lesdits organisateurs, qui gèrent par ailleurs des épreuves aussi prestigieuses que Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège, la Flèche Wallonne, Milan-San Remo ou le Tour de Lombardie, émettent quelques réticences à l'égard de la nouvelle donne imposée par l'UCI. «Trois points nous chagrinent, expose Jean-Marie Leblanc, directeur du Tour de France. Il y a des choses à régler sur les plans éthique, sportif et, comment dirais-je, patrimonial. Nous avons eu l'impression que l'UCI nous dépossédait de certaines valeurs et de certaines traditions. Nos positions se rapprochent, mais il y a encore du boulot.»

Concernant l'aspect éthique – on parle donc de lutte antidopage –, le boss de la Grande Boucle se montre très clair: «Au terme de l'année 2004, durant laquelle les affaires Cofidis, Kelme et Phonak ont éclaté, il nous paraît indispensable d'exiger que cette réforme du cyclisme s'accompagne d'une charte de bonne conduite. Depuis le mois d'avril, on nous dit qu'on y planche, mais rien n'est fixé.» Et lorsqu'on sait que le groupe de travail est piloté par l'association des équipes et celle des coureurs, il n'est pas interdit de se faire du souci. «Si le code de conduite se basait sur des principes minimalistes, ce serait choquant, admet Alain Rumpf, manager du cyclisme professionnel pour l'UCI. Mais ce n'est pas le cas et cela démontre, au contraire, la volonté du milieu de lutter contre le dopage.» Reste que le code n'est toujours pas sorti du four.

D'un point de vue sportif, des frictions demeurent itou: «On parle de questions financières et juridiques, mais nous estimons que le système prévu n'accorde pas assez de crédit aux performances sur la route, reprend Jean-Marie Leblanc. Je ne connais pas d'autre événement sportif où tout est figé sur quatre ans (ndlr: la durée, sauf exceptions, du bail proposé aux équipes). Et il me paraît inimaginable de laisser des équipes compétitives aussi longtemps à la porte. Un système de promotion/relégation comme au football est exclu pour le vélo, mais il faut trouver un juste milieu. L'UCI nous a donné un commencement de réponse, mais il n'est pas très satisfaisant.» «Il y aura toujours des places à prendre, répond Alain Rumpf, puisque certaines équipes (ndlr: Lampre, T-Mobile, Iles Baléares et Fassa Bortolo) ne sont pas assurées de garder leurs licences sur les quatre ans.»

Personne n'a vraiment intérêt à ce que le conflit subsiste. «Nous irons de l'avant quoi qu'il en soit et ne remettrons pas l'essence du Pro-Tour en question, déclare Alain Rumpf. Mais nous partons du principe qu'une solution sera trouvée.» Un avis que rejoint Jean-Marie Leblanc: «Un Tour de France sans l'UCI est possible mais pas souhaitable. Nous sommes un peu condamnés à nous entendre et quand je pense que Jacques Chirac et Lionel Jospin ont réussi à cohabiter à l'époque, je me dis que le coup est jouable. Cela dit, la fin de l'année me semble être la date butoir pour trouver un accord.» Les avocats des deux parties y travaillent.