Il est heureux que le match amical Suisse-France, fixé au 20 août, ait été maintenu à Genève. Au Parc Saint-Jacques, des sifflets et des banderoles aux slogans vengeurs accueilleraient Hakan Yakin si d'aventure son passage au PSG devait se concrétiser. Le divorce est prononcé entre lui et le public rhénan. Le rejet des supporters s'exprimait clairement samedi soir. Cette bruyante manifestation de dépit rejoignait la résignation de l'entraîneur, lequel a déjà en tête des solutions de rechange. Ces données négatives vont-elles infléchir la décision de Gigi Oeri? A la tête d'un club qui se flatte de l'excellence de son bilan financier, elle ne court pas après les millions des Parisiens. Mais à quoi bon conserver un joueur contre son gré?

Privé de la Ligue des champions, le FC Bâle n'a pas cette saison un besoin absolu de son «rifinitore». Bien décidé à maintenir ce fameux trident qui rend le jeu de son équipe aussi spectaculaire, Christian Gross avance des noms: «Ergic, qui va bientôt reprendre la compétition, a toutes les qualités requises. Esposito a fréquemment joué en soutien des deux attaquants aux Grasshoppers. Et Rossi est également taillé pour ce rôle. Il l'a d'ailleurs démontré au Neufeld contre les Young Boys!»

Volontairement ou pas, l'entraîneur oublie de parler de Benjamin Huggel (26 ans). Ce gabarit imposant (1 m 88/84 kg.) donne toujours l'impression de jouer les éléphants dans un magasin de porcelaine.

Or sous des allures pataudes, il est capable de gestes de virtuose dans le jeu court. L'autre soir, c'est lui qui orchestra la manœuvre. Revenu à la compétition en mai dernier après une année perdue sur blessure, il symbolise toutes les ressources régionales. Formé dans un club de Bâle Campagne, FC Münchenstein, Huggel partage les mêmes racines que Philippe Degen, l'enfant de Liestal. Révélation de la soirée, ce garçon de 20 ans est en passe de régler à son avantage la succession de Bernt Haas, lequel, pour une affaire de gros sous, s'est égaré en D2 anglaise (West Bromwich Albion). Aussi impétueux que son aîné dans ses incursions offensives, Degen a réussi son premier but en LNA en ouvrant la marque à la 11e minute. Sa force de pénétration fit exploser en première période le savant édifice défensif érigé par Claude Ryf.

Neuf buts encaissés lors des deux dernières apparitions de son équipe à Saint-Jacques excusent d'une certaine façon une option tactique bien frileuse. Accaparés par leur tâche défensive, désarçonnés face à la déferlante des latéraux adverses (Atouba et Degen), Sébastien Zambaz et André Wiederkehr, éléments de grande expérience, ne furent jamais en mesure d'apporter le concours espéré dans l'élaboration offensive.

Dans l'axe médian, trois éléments à vocation plutôt défensive (Roland Bättig, Kader Mangane et Miguel Portillo) ne parvenaient pas à tendre une main secourable aux deux infortunés attaquants de pointe, Alex Rey et Joël Griffiths. Ce dernier ne réapparut pas après la pause. Coupable d'avoir gâché à la 10e minute une occasion en or d'ouvrir la marque, l'Australien avait tout de même laissé entrevoir de réelles qualités. Altruiste, il a le sens du démarquage. Dans ce match, il fut le premier à souffrir des carences à la construction d'une formation orpheline d'Augustine Simo parti au FC Zurich.

En fin de partie, nous entrevîmes une lueur d'espoir avec l'apparition de Xavier Margairaz. A 19 ans, cet international junior refait surface en LNA, deux ans après des débuts prometteurs sous le maillot de Lausanne-Sports. Il sort d'une saison fort déprimante. Ce gaucher a l'étoffe d'un grand stratège mais il lui faut encore retrouver le rythme de la haute compétition.

La remarque vaut également pour Badara Niakasso. Ryf attend des merveilles de ce talentueux Sénégalais: «Mais dans sa tête il est encore en Afrique… Il faut qu'il surmonte ses problèmes d'adaptation», précise-t-il avec une pointe d'agacement. Au contraire du jeune Vaudois, Niakasso demeura sur le banc des remplaçants où le rejoignit, après la pause, son compatriote Cheikh Daffe. A l'instar de Griffiths, le défenseur africain ne trouvait pas ses repères. Son entraîneur ne lui en tiendra pas rigueur. N'avouait-il pas à la sortie: «J'ai une équipe à rebâtir!» La victoire arrachée au Hardturm face aux Grasshoppers ne doit pas faire illusion. Neuchâtel/Xamax est encore en période de rodage. Ainsi, Ryf s'apprête-t-il à redonner à l'Argentin Portillo ce poste de stoppeur qu'il occupait la saison dernière aux côtés d'Eddy Barea, capitaine en perdition à Saint-Jacques.