FOOTBALL

Le Qatar, petit Barça du désert

Vainqueur vendredi dernier de la Coupe d’Asie, son premier titre majeur, le Qatar a franchi un nouveau palier sur l’échiquier footballistique mondial à trois ans et demi du Mondial qu’il organisera. Une réussite qu’il doit en partie à l’école barcelonaise

Vierge de tout sponsor maillot durant plus d’un siècle, le Barça avait fini par céder aux sirènes qataries en 2013, faisant la promotion de la compagnie Qatar Airways, après avoir préparé ses socios à ce changement historique en affichant l’Unicef (2006) puis la Qatar Foundation (2011) sur la poitrine de ses joueurs. Si aujourd’hui le FC Barcelone a tourné le dos au Qatar pour s’acoquiner avec Rakuten, un sponsor japonais non moins lucratif, la connexion entre le club catalan et le petit pays du Golfe (11 586 km2, 2,3 millions d’habitants) ne s’est pas totalement interrompue pour autant.

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En effet, le premier succès continental du Qatar face au Japon (3-1) dans cette Coupe d’Asie 2019 trouve ses racines dans la philosophie blaugrana, sous l’impulsion de son sélectionneur Félix Sánchez (43 ans). Ancien entraîneur des sections de jeunes du Barça, où il a travaillé une dizaine d’années, le Catalan a eu entre ses mains des joueurs tels que Sergi Roberto (FC Barcelone), Gerard Deulofeu (Watford), Marc Muniesa (Girona FC) ou encore Martin Montoya (Brighton & Hove Albion).

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Les premiers jalons

En 2006, Félix Sánchez rejoint l’Aspire Academy à Doha sur les conseils de Josep Colomer, un associé de l’ancien président du Barça Sandro Rosell. Fondée deux ans auparavant, cette «Masía qatarie» a pour but de détecter et former les futurs talents appelés à constituer l’équipe nationale, l’un des instruments du soft power de l’émirat. En 2012, le Barcelonais prend les rênes de la sélection des moins de 19 ans, qui décroche la première victoire du football qatari en conquérant la Coupe d’Asie en 2014. Félix Sánchez accompagne ensuite ses protégés en U20, puis à la tête des A à partir de 2017. Il leur inculque l’amour du jeu de possession et un goût prononcé pour l’attaque.

«J’ai eu la chance de faire mes classes au sein des divisions juvéniles du Barça, signale le sélectionneur grenat. J’ai essayé de transmettre à mes joueurs une certaine idée de jeu tout en l’adaptant à leurs qualités. Le Barça est unique, mais on s’est appliqué à développer la maîtrise et la circulation du ballon, afin de dominer notre adversaire, et à être audacieux lorsque nous n’avons pas la possession, en réalisant un pressing immédiat à la perte du ballon.»

Avant de battre les Nippons en finale, les troupes de Félix Sánchez ont remporté leurs six rencontres avec aplomb. Au premier tour, ils ont battu le Liban (2-0), la Corée du Nord (6-0) et l’Arabie saoudite (2-0), avant d’éliminer l’Irak de Carlos Queiroz en huitième de finale (1-0), la Corée du Sud de Paulo Bento en quart (1-0) et d’écraser les Emirats arabes unis (4-0) avec la manière.

Dans cette demi-finale face au pays organisateur, le Qatar a affiché 70% de possession de balle. La sélection grenat, qui n’avait jusqu’alors jamais dépassé le stade des quarts de finale, a par ailleurs inscrit 19 buts contre un seul encaissé au cours de la compétition, dans un dispositif en 4-3-3 inspiré de la Dream Team barcelonaise de Johan Cruyff (1988-1994) capable de se muer en 3-4-3, comme ce fut le cas face aux Sud-Coréens et aux Japonais.

Scénario idéal

«Ce titre nous conforte dans notre processus de développement, constate Félix Sánchez. Il nous confirme que nous sommes sur la bonne voie. Je ne parle pas seulement de ce résultat historique. Le fait qu’on ait pris si peu de buts et qu’on en ait marqué autant, en prenant le jeu à notre compte match après match, est également une très bonne nouvelle pour l’avenir.»

La gouvernance du football qatari pouvait difficilement rêver d’un meilleur scénario à un peu plus de trois ans et demi de la première Coupe du monde au Moyen-Orient qu’il organisera. «Après des années de travail avec ce groupe de joueurs, tous ces entraînements, ces heures de travail et de mise au vert, ce titre constitue une immense joie, se félicite Félix Sánchez. Les gens sont très heureux de cette victoire, ils ont vécu la compétition avec enthousiasme et cela nourrit leurs espoirs pour la Coupe du monde.»

Parmi les nouveaux champions d’Asie seuls deux joueurs ont passé la trentaine et près de la moitié (onze) ont moins de 22 ans. Pour la plus grande fierté du Qatar, sept d’entre eux proviennent de l’Aspire Academy et tous évoluent au sein du championnat local. Huit sont à la bonne école à Al Sadd avec Xavi Hernandez, leur coéquipier depuis l’été 2015. L’ancien numéro 6 du Barça est par ailleurs ambassadeur «global» de la Coupe du monde 2022. Et on peut dire qu’à l’instar de son mentor Pep Guardiola, il a du flair. Début janvier, il avait pronostiqué à la télévision qatarie une finale Qatar-Japon, avec bien entendu un premier trophée pour son pays d’accueil.

Rêve d’Amérique

Le prochain défi du Qatar? La Copa… América! Oui, vous avez bien lu. Le Qatar participera en tant que pays invité – tout comme le Japon ou autrefois les Etats-Unis, le Mexique ou la Jamaïque – à la plus vieille compétition internationale de sélection du 14 juin au 7 juillet au Brésil. Au premier tour, les champions d’Asie auront droit à un sacré plateau avec l’Argentine, la Colombie et le Paraguay.

«Nous allons désormais nous tourner vers la préparation de ce tournoi et voir contre qui nous allons pouvoir jouer d’ici là, indique Félix Sánchez. Ce sera une bonne occasion de se mesurer à des équipes de haut niveau, qui ont l’habitude de disputer la Coupe du monde, ce qui n’est pas notre cas, de voir à quel point nous avons grandi et d’accumuler encore de l’expérience en vue de notre premier Mondial en 2022.»

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