Football

Le Qatar, les yeux rivés sur le ballon rond

Les Championnats du monde d’athlétisme auront été un test grandeur nature avant la Coupe du monde 2022, qui fait saliver tout le pays. En attendant l’événement de tous les superlatifs, le championnat local ne manque pas de charme

Le Qatar accueille les Championnats du monde d'athlétisme, en attendant la Coupe du monde de football en 2022. A travers ces événements sportifs, le petit Etat du Golfe entend imposer sa capitale non plus seulement comme un lieu de transit vers l'Asie, mais comme un but de voyage en soi. Découverte en quelques vignettes.

Précédentes chroniques:

Au Villagio Mall, une patinoire dans le désert

Une bière au goût de clandestinité

Chacun des nombreux chauffeurs de taxi étrangers qui sillonnent Doha a une histoire singulière à raconter, mais tous la placent entre les deux mêmes balises. La première, c’est la date de leur arrivée au Qatar: il y a deux, cinq ou dix ans. La seconde, c’est le moment où ils retourneront en Inde, au Sri Lanka, au Pakistan, continuer leur vie auprès de leurs proches avec l’argent patiemment mis de côté. Ce sera juste après la Coupe du monde de football 2022.

Les Championnats du monde d’athlétisme vivent leurs dernières heures. Pour les athlètes qui y ont accompli des exploits, ils resteront un moment inoubliable de leur carrière. Pour le pays qui les a accueillis, ils auront surtout été une étape vers l’objectif ultime, celui qui fait saliver des plus hautes sphères du pouvoir aux habitacles des taxis les plus frustes. Les responsables attendent un million de supporters. Les petites mains qui huilent la mécanique qatarie rêvent d’un mois d’affaires florissantes.

Lire aussi: A quatre ans de sa Coupe du monde, le Qatar empile les stades vides

Ce Népalais d’une quarantaine d’années zigzague de l’une à l’autre des trois voies d’un grand axe de la capitale. «Je suis arrivé en 2009 et ce n’était pas agréable de vivre ici, raconte-t-il dans un excellent anglais. Les immigrés comme moi devaient faire attention à tout, nous étions maltraités et peu considérés. Mais les choses ont évolué depuis que le Qatar se prépare à accueillir la Coupe du monde. Cela reste un pays de forte tradition islamique, mais il s’ouvre un peu, des espaces de liberté apparaissent. Je redoute ce qu’il adviendra une fois que le tournoi sera terminé. C’est pourquoi je rentrerai.»

La réalité du football qatari

En attendant, il se gare aux abords du stade Jassim Bin Hamad. C’est une jolie enceinte atypique, aux rondeurs dominées de tours carrées, bâtie en 1975 et rénovée plusieurs fois, la dernière en 2010. Le public de la Coupe du monde n’y mettra pas les pieds: ses quelque 15 000 places sont loin de satisfaire aux standards du plus grand événement sportif planétaire. Mais elle convient par contre très bien à la réalité du football qatari.

Car si le meilleur de l’athlétisme a été parachuté dans un territoire à conquérir, le ballon rond y roule comme ailleurs. Un championnat est disputé de manière officielle depuis 1972. A l’heure actuelle, les différentes équipes du pays sont réparties entre deux divisions professionnelles et quatre amateurs.

L’affiche de cette fin de samedi après-midi promet de découvrir le meilleur de la Qatar Stars League. Les champions en titre d’Al-Sadd, entraînés par la légende du football espagnol Xavi, accueillent la formation d’Al-Rayyan, qui s’est fait un nom à l’international en enrôlant la star algérienne Yacine Brahimi. Autour d’une petite dizaine de food-trucks s’activent des vendeurs à la sauvette d’écharpes de contrefaçon. C’est le seul produit dérivé susceptible de trouver preneur auprès des hommes en «dishdasha», la robe blanche traditionnelle, qui affluent par petits groupes. «Ce n’est pas dans la culture locale de porter le maillot de son club au stade», explique un Canadien installé à Doha depuis quelques mois et qui a décidé de supporter Al-Sadd pour animer ses congés.

Un nouveau test

Le billet d’entrée coûte 20 rials, soit environ 6 francs suisses. On l’achète à de sympathiques Pakistanais installés à une table de pique-nique, qui indiquent ensuite un tunnel marqué «Entrée des joueurs». «Vous pouvez passer par là et vous installer où vous voulez, il y a de la place partout.» Ce n’est pas faux, mais il y a quand même du monde, et surtout du bruit. Les «ultras» des deux clubs se partagent une des tribunes latérales et ne cessent de chanter, de danser et de taper sur d’immenses tambourins. Des hommes font un carton en proposant pour quelques rials des petites piles de carrés de papier, à lancer en l’air comme des confettis pour manifester sa joie.

Il faut dire que le spectacle est au rendez-vous. Sur une pelouse parfaitement entretenue, les deux équipes jouent bien au ballon. C’est rapide, technique et engagé, avec l’essentiel des renforts étrangers placés en attaque. Les actions chaudes se multiplient. Les joueurs d’Al-Rayyan pensent avoir ouvert la marque autour de la vingtième minute de jeu mais après recours à l’assistance vidéo, l’arbitre annule le but. Deux autres seront refusés, tandis que six seront inscrits, un penalty sera raté. Score final d’un match animé de bout en bout: 2-4. L'équipe locale, la plus titrée du pays (14 fois championne), concède sa première défaite de la saison en championnat.

Il faut dire que les hommes de Xavi évoluent sur plusieurs tableaux en parallèle. Ils sont engagés (et bien partis) en Ligue des champions asiatique et en décembre ils évolueront à domicile lors de la prochaine Coupe du monde des clubs. Ce ne sera pas encore le tournoi qui fait rêver les chauffeurs de taxi, mais il s’agira d’un nouveau test grandeur nature pour le Qatar.

Publicité