Il y a un temps pour tout. Et il n'est guère question, au surlendemain d'une victoire acquise dans la crispation par l'équipe de Suisse face à la modeste Lettonie (2-1), de faire la fine bouche quant au caractère brouillon de la copie proposée. «Après une défaite contre le Luxembourg, c'est clair, tu ne joues pas comme le Real Madrid», synthétise le capitaine Alexander Frei. Les joueurs d'Ottmar Hitzfeld avaient besoin des trois points pour chasser les fantômes du Grand-Duché et «rester en vie» dans ces éliminatoires pour la Coupe du monde 2010; ils respirent toujours, après avoir frisé la catastrophe au cours d'une éprouvante soirée saint-galloise.

«On peut dire ce qu'on veut mais après ce qu'il s'est passé le mois dernier, il y avait une très grosse pression sur nous», sourit, après coup, Valon Behrami. «Ce soir (ndlr: samedi), chaque minute qui passait rendait les choses plus difficiles dans nos têtes, c'était un peu comme ce qu'on avait vécu contre le Luxembourg. Mais le fait d'être revenus après le 1 à 1 peut nous donner beaucoup de confiance pour la suite. Parce que seule une équipe avec un fort caractère pouvait faire ça.»

Faire quoi? Enfoncer le clou victorieux alors qu'une nouvelle douche froide menaçait. Car comme l'avoue le milieu de terrain de West Ham - «Nous avons eu peur» -, et comme le confirme le sélectionneur adjoint Michel Pont (lire ci-contre), l'équipe de Suisse a bien cru connaître la désillusion de trop avant de hurler son soulagement. Les «rouge» avaient mis une grosse heure, entre tentatives louables et vilaines pensées, à trouver enfin la faille dans le bloc letton grâce à l'inévitable Alexander Frei, auteur de son 36e but en sélection. Mais avec le doute aux basques, on risque toujours de se laisser rattraper. Et lorsque Deniss Ivanovs, laissé libre de tout marquage dans l'axe helvétique, concrétise la seule occasion adverse du match à vingt minutes de la fin (71e), Ottmar Hitzfeld affiche un masque à flanquer la frousse. Les 18 000 spectateurs de l'AFG Arena, animés d'un formidable enthousiasme jusqu'ici, se mettent à envisager le pire.

Le meilleur survient toutefois dans la foulée, par la grâce d'un coup franc de Frei déposé sur la tête de Blaise N'Kufo, l'ancien mal-aimé devenu providentiel. «Ce match, c'était une épreuve psychologique plus qu'autre chose», dira l'attaquant de Twente Enschede au terme de l'entraînement dominical. En signant sa troisième réussite en autant de rencontres lors de cette campagne, le Vaudois récompense le sélectionneur de sa confiance: «Je n'aime pas trop parler du passé mais avant, je n'ai jamais eu l'impression qu'on comptait sur moi. J'ai su tourner la page et là, même si ce n'est pas ce que je recherche, on parle plus de moi. Je ressens une forme de reconnaissance.»

Trois points en guise de bouffée d'oxygène, donc. «Vu les circonstances, c'était une prestation correcte», juge Ottmar Hitzfeld rasséréné mais lucide. «Il n'y a pas de quoi verser dans l'euphorie, ce n'est qu'un premier pas. Il nous reste beaucoup de travail à effectuer.» Trois points à faire fructifier mercredi au Pirée, aussi. Parce qu'une défaite face à des Grecs qui réalisent pour l'instant un parcours sans faute repousserait la Suisse à huit points de la première place directement qualificative pour le Mondial sud-africain - les deuxièmes de groupe passeront par les barrages.

C'est donc un brin rassurée mais pas totalement sereine que la sélection helvétique mettra le cap sur Athènes ce lundi. Johan Djourou, touché à la pommette et victime d'une commotion, ne sera pas du voyage. Le Grasshopper Boris Smiljanic a été convoqué pour pallier son absence. Le gardien zurichois Johnny Leoni et le milieu bâlois Valentin Stocker rejoignent aussi la délégation, en lieu et place d'Eldin Jakupovic, parti au chevet de sa grand-mère, et de Fabian Lustenberger, laissé à la disposition des «M21» en vue du barrage retour qualificatif pour l'Euro 2009, mardi en Espagne.

«Nous nous rendons chez le favori numéro 1 du groupe, mais nous allons tout faire pour gagner», conclut Alexander Frei. «Je sens l'équipe très positive et soudée.» Si c'est encore le cas mercredi soir sur le coup de 22h30, la Suisse aura rempli sa mission d'octobre.