Quarante-huit heures pour sauver sa peau; ou rendre les mitraillettes. Quarante-huit heures bingo, ou nécro. Cent quatre-vingts minutes de jeu, et une demi-heure en prime si affinités – en football, on appelle ça les prolongations et des fois, il s’agit même de tirer des penalties –, pour sceller un destin. Soyons limpides, on ne rigole pas. Et sans vouloir grandiloquer à outrance, ni peindre Méphistophélès en anthracite sur le mur de l’arrière-cour, le FC Sion, en ce week-end de la Pentecôte 2012, va jouer rien moins que sa vie – l’institution valaisanne est née en 1909 et on ne comprendrait pas qu’elle claque aussi jeune…

Pourquoi un tel accès de dramaturgie avant ce barrage aller, samedi à Tourbillon (Hop Sion, hop Sion!), et ce match retour, lundi au stade du Brügglifeld, maison bucolique du FC Aarau? Parce que le FC Valais, monument du football à l’échelle helvétique, risque de dévaler les escaliers et, purement et simplement, disparaître de la carte du crampon professionnel. Comble de la cruelle ironie, le pire pourrait survenir au terme de la meilleure saison réussie par les Sédunois depuis quinze ans. Absurde, oui. Mais le mot, et pourvu qu’il ne s’agisse pas d’un présage, colle parfaitement à l’exercice en cours, d’ailleurs l’entraîneur Laurent Roussey est parti sous d’autres cieux.

La vie, parfois, est injuste, qui ne le sait pas? Sion est cette année la deuxième meilleure équipe du pays derrière le suprême FC Bâle, chiffres à l’appui, et pourtant, il va devoir lutter sec pour sa place en Super League. Son président, qui répond à la simple appellation de Christian Constantin, mais pas toujours contrôlée, depuis peu ne dit presque rien. «Si la question est de savoir si je suis prêt à l’idée d’évoluer en Challenge League, la réponse est oui», affirme le manitou, quitte à alimenter les inquiétudes… «CC» bluffe-t-il un max, ou prépare-t-il le terrain à une relégation sollicitée? Angoisse. Panique? Tout dépend. Sur le papier, le FC Sion a cent cinquante-trois fois (environ) les moyens de battre le FC Aarau. Mais sur le terrain, dont au sujet duquel seule compte la vérité, que se passera-t-il au terme de trois heures de jeu et d’éventuelles poussières?

La vie, ou le trépas. Treize étoiles sur le drapeau et douze Coupes de Suisse au palmarès. Hop Sion, hop Sion! On ne souhaite rien de mal au FC Aarau mais, au comble de la dramaturgie, on chope une irrésistible envie de titiller le Deus ex machina. Le FC Sion et son président ont, depuis un an, semé le plus sombre des bazars dans le football helvétique. Pour être clair, ils ont emmerdé tout le monde. Mais s’ils pouvaient en être récompensés, on trouverait ça juste, au fond. Bingo, pas nécro.