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Les quatre feuilles d’or du trèfle irlandais

A défaut de performances inoubliables, le football nord-irlandais a produit quelques joueurs qui ne sont pas passés inaperçus au niveau international

George Best

A son tableau de chasse: un Ballon d'or et une Coupe d’Europe des clubs champions en 1968, deux titres de champion d’Angleterre avec Manchester United, quatre Miss Monde, 10 000 lettres de fans par semaine. Surnommé «le James Bond du foot» ou «le cinquième Beatles», George Best avait tout pour devenir le plus grand: le dribble, la vitesse, le style et l’efficacité.

Avec en plus une belle gueule et de l’humour, ce qui lui fit dire: «Si j’avais été moche, vous n’auriez jamais entendu parler de Pelé.» Ses aphorismes sont nombreux et savoureux. D’ailleurs, il jouait par aphorisme, ses actions furtives et ciselées étaient des coups d’éclat qui ont longtemps fait oublier le reste, l’embonpoint, l’alcool, le mal de vivre, ses dix clubs en dix ans après United. Ses obsèques, en 2005, attirèrent à Belfast un sixième de la population d’Irlande du Nord. Sur une couronne mortuaire, un dernier aphorisme, peut-être le meilleur: «Maradona good, Pelé better, George Best».

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Pat Jennings

La carrière de Pat Jennings fut si longue (vingt-deux ans, plus de 1000 matches disputés) qu’il réussit l’exploit de devenir une légende à la fois à Tottenham (de 1964 à 1977) et à Arsenal (de 1977 à 1985). C’était l’époque où toute l’Europe craignait les clubs anglais et admirait leurs gardiens – Pat Jennings à Londres, Ray Clemence à Liverpool, Peter Shilton à Nottingham Forest – pour leur charisme et leur longévité.

Au contraire de George Best, avec lequel il débuta en équipe nationale en avril 1964 contre le pays de Galles, Jennings connut les joies de deux phases finales de Coupe du monde: en 1982, où l’Irlande du Nord battit l’Espagne (1-0) et élimina la Yougoslavie, et en 1986, où sa génération, vieillissante, était au bout du rouleau. La défaite contre le Brésil (3-0), le 12 juin 1986, constitua sa 119e et dernière sélection, le jour de ses 41 ans. Il avait publié ses Mémoires trois ans plus tôt et raccroché avec Tottenham depuis une saison, ne jouant avec la réserve que pour garder la forme.

Norman Whiteside

Combien de joueurs peuvent dire qu’ils ont fait mieux que Pelé? C’est le cas de cet attaquant aujourd’hui oublié mais qui fut une véritable attraction au début des années 1980. Norman Whiteside n’a disputé que deux matches avec Manchester United lorsqu’il est titularisé par Billy Bingham contre la Yougoslavie à la Coupe du monde 1982. Il a un physique de colosse et la maturité d’un joueur de 26 ans mais il n’a que 17 ans et 41 jours.

Ce record mondial tient toujours mais Norman Whiteside, qui participa encore au Mundial mexicain en 1986 (un but) et réussit une honnête carrière à Old Trafford (209 matches, 47 buts), ne confirma jamais totalement. Le gamin était plus précoce que talentueux. Il était même tellement en avance qu’il avait déjà des problèmes de genou à 15 ans et fut l’un des premiers footballeurs opérés par arthroscopie. Il mit un terme à sa carrière à 26 ans déjà, toujours en raison de problèmes de genou, et devint joueur de poker puis podiatre.

Will Grigg

Puisque les temps ont changé, la notoriété mondiale de Will Grigg est surtout virtuelle. A l’Euro 2016, où l’Irlande du Nord fête son retour sur la scène internationale après trente ans d’absence, les fans de l’Ulster deviennent la coqueluche de la compétition et «Will Grigg’s on fire» l’hymne officieux du tournoi. Le tube de l’été est emprunté aux fans du Wigan Athletic, que les 25 buts de Grigg ont largement contribué à propulser en Championship.

Suffisant pour arracher une place dans les 23; trop juste pour obtenir la confiance du sélectionneur. Michael O’Neill ne le fait jamais entrer en jeu, malgré l’insistance du public. Depuis, la chanson, reprise par le groupe électro Blonde et classée septième dans les charts anglais, a fait une plus belle carrière que son héros. Wigan est retombé en League One. En novembre 2016, Grigg est entré en jeu contre l’Azerbaïdjan, pour la plus grande joie du public, qui se remit instantanément en mode «on fire». Sa première apparition depuis l’Euro, la dernière à ce jour.

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