Ski alpin

Quatre filles, trois places, deux mécontentes

Tina Maze remporte la descente des Mondiaux devant Anna Fenninger et Lara Gut. Grande favorite, Lindsey Vonn passe au travers et termine à plus d’une seconde

Quatre filles, trois places, deux mécontentes

Ski alpin Tina Maze remporte la descente des Mondiaux devant Anna Fenningeret Lara Gut

Grande favorite, Lindsey Vonn passe au travers et termine à plus d’une seconde

Lara Gut a apporté à la Suisse sa première médaille aux Mondiaux de ski alpin à Vail/Beaver Creek. La Tessinoise a pris la médaille de bronze de la descente remportée par la Slovène Tina Maze. L’Autrichienne Anna Fenninger, vainqueur du super-G mardi devant Maze, termine deuxième alors que la grande favorite, l’Américaine Lindsey Vonn, finit cinquième à plus d’une seconde.

Maze, Fenninger, Gut et Vonn. Les quatre meilleures skieuses actuelles se disputaient le titre le plus prestigieux de cette quinzaine. La descente est au ski alpin ce que le 100 m est à l’athlétisme: l’épreuve de vérité. Dans le portillon de départ, Fenninger et Maze étaient sereines, Vonn et Gut revanchardes. Quatre filles pour trois places. Et donc au moins une déçue à l’arrivée.

Après une première course, le sportif fonctionne souvent à la méthode Coué, ingurgitée sur un mode binaire. S’il a bien réussi, il voudra poursuivre, au climax de la confiance. S’il s’est planté, il misera sur le sentiment de frustration qui l’anime, tirant sur la corde de l’orgueil. Dans les deux cas, il se persuade que tout est possible. Surtout s’il peut expliquer son triomphe ou son échec.

Lindsey Vonn avait incriminé le vent («Je me sentais complètement flouée. Les vingt premières secondes, j’ai subi le vent de face. J’ai perdu la course sur cette portion»), Lara Gut pointe du bâton la neige («Elle était plus friable que la veille, chaque appui déclenchait une mini-avalanche»). Cette fois, pas d’excuse possible. Il faisait un magnifique beau temps, froid à souhait, et les drapeaux restaient collés à leur mât.

Parties avec des dossards élevés, l’Américaine comme la Tessinoise savaient qu’elles portaient tous les espoirs de leur pays. Ce n’était pas une grosse surprise dans le camp suisse, mais les Américains (les hommes n’ont pas brillé non plus jusque-là) sont paraît-il élevés dans le culte du «D-Day». Visiblement, les coéquipières de Lindsey Vonn n’ont pas été informées.

Anna Fenninger, dossard 16, ouvrait le bal des prétendantes. L’Autrichienne n’avait jamais gagné en descente, mais forte de sa médaille d’or dans la poche, elle explosait le meilleur chrono: une seconde d’avance dans l’aire d’arrivée! La confiance a du bon.

Lara Gut s’élançait peu après. Une course propre pour ce que l’on peut en juger à la télévision sur le travelling de la réalisation américaine. Pas de grosse faute mais 34 centièmes de retard à l’arrivée. La Suissesse pouvait déjà dire adieu au titre. Tina Maze, seule championne olympique en titre en l’absence de Dominique Gisin, la repoussa bien vite au troisième rang, signant le meilleur chrono pour deux centièmes de mieux que Fenninger.

Quatre filles, trois places. Restait Lindsey Vonn. Sacrée en 2009, deuxième en 2007 et 2011, vainqueur de trois des cinq descentes de l’hiver. Tournez-le comme vous voulez: la régionale de l’étape était la fille à battre. Jamais dans le coup, la belle Lindsey réalisait au final sa plus mauvaise «perf» de la saison, finissant à 1’05 de Tina Maze. Les Mondiaux, c’est dur pour tout le monde. Pas seulement pour les Suisses. Le public américain pliait bagage. Lindsey Vonn reviendra pour le géant et le super-combiné. Avant même la descente, elle avait décidé de rajouter deux courses à son programme. Ce devait être pour compléter son triomphe; ce sera pour sauver ses Mondiaux.

«Ce que les autres te reprochent, cultive-le; c’est toi», incitait Jean Cocteau. Lara Gut reste Lara Gut: une championne orgueilleuse, sûre de son talent, et donc incapable de se satisfaire d’une médaille de bronze. Lorsque la RTS lui tendit le micro sur l’air de: «Alors, heureuse?» la belle ne prit pas la peine de faire semblant. «Non, pas vraiment, répondit-elle. Je ne suis pas contente de ma course, J’ai perdu un peu de temps à partir du plat. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même… Mais bon, c’est une médaille. C’est ma deuxième aux Championnats du monde.» Elle ajouta «c’est cool», mais «je suppose que c’est cool» aurait sans doute été un reflet plus exact de ses pensées de l’instant.

Dans son esprit, seule la médaille d’or est assez belle. On peut partager sa relative lassitude devant une nouvelle place d’honneur dans les grands championnats (trois médailles d’argent, deux de bronze), on aimerait qu’elle reconnaisse qu’il lui manque encore un petit quelque chose pour être la meilleure. «Le classement ne ment pas», aime à (se) répéter Stan Wawrinka.

«Alors, heureuse?» lui demanda la RTS. Lara Gut ne prit pas la peine de faire semblant. «Non, pas vraiment»

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