Portraits

Les quatre hommes clés de l’élection à la présidence de la FIFA

Qui succédera à Sepp Blatter? A la veille du vote, ce vendredi à Zurich, deux des cinq candidats sont en mesure d’être élus. Dans l’ombre, deux autres personnages jouent un rôle capital

C’est le jour le plus attendu à la FIFA depuis des années. Ce vendredi 26 février, l’association procède à l’élection de son président, au terme d’une longue tourmente qui a assombri la fin de règne de Sepp Blatter. Ils seront 209 représentants à voter, mais quatre hommes vont être les maîtres de la journée.

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Celui qui peut créer la surprise: Gianni Infantino (45 ans)

Gianni Infantino président de la FIFA, c’est comme Leicester champion d’Angleterre: longtemps impensable, désormais possible. Inconnu du grand public il y a six mois, le secrétaire général de l’UEFA (depuis 2009) a profité de la chute de Michel Platini, parrain de l’un de ses enfants.

Celui qui n’était au départ qu’un «plan B» a su parfaitement manœuvrer pour apparaître à la fois comme quelqu’un du sérail et l’homme du changement. Son ascension ne surprend pas ceux qui l’ont vu débarquer à Nyon en 2000 comme simple juriste. C’est la première fois qu’il se présente à une élection et il a mis tous les atouts de son côté. La force de frappe de l’UEFA, qui lui a alloué 500 000 francs de budget de campagne et dépêché une vingtaine de lobbyistes à Zurich, n’en est pas le moindre.

Jeudi matin, le professeur Jean-Loup Chappelet, de l’IDHEAP, en faisait même son favori. «Les précédentes élections montrent que les consignes de vote ne sont pas toujours respectées. Il peut gagner les voix nécessaires en Afrique.» D’autant qu’il a connu beaucoup des dirigeants africains actuels lorsqu’ils étudiaient au Centre international d’études du sport (CIES) de Neuchâtel, où il débuta.


Celui qui devrait gagner: le Cheikh Salman (50 ans)

La victoire du Cheikh Salman bin Ibrahim al-Khalifa de Bahreïn répondrait à une certaine logique. De plus en plus, le poids économique du football penche vers l’Asie. Chinois, Thaïlandais, Coréens, Indiens ou Qataris investissent des centaines de millions dans le football, drainent du public, attirent des stars et des sponsors. Le président de la Confédération asiatique est leur champion. L’une de ses priorités serait de séparer la branche commerciale de la FIFA de sa fonction organisationnelle.

Selon la NZZ, le Cheikh Salman a fait trois fois le tour de la terre pour convaincre les votants. Il a surtout convaincu Issa Hayatou et forgé avec le président de la Confédération africaine une alliance aux conditions mystérieuses. Donc suspectes?

«Pourquoi serait-il plus corrompu qu’un Européen?, questionne un cadre de la FIFA. Parce qu’il est Arabe? Parce qu’il est milliardaire? Les scandales ont touché des Suisses, des Français, des Brésiliens, des Américains. Personne n’est en mesure de donner des leçons. Et à l’interne, les échos que nous percevons du Cheikh Salman sont très bons.» Reste que ce membre de la famille royale du Bahreïn traîne quelques casseroles, comme sa participation à la répression des manifestations de 2011.


Celui qui tire les ficelles: Vitaly Mutko (57 ans)

Il est l’œil de Moscou au cœur de la FIFA. Vitaly Mutko est ministre des sports de Russie. Il est aussi membre du comité exécutif de la FIFA (depuis 2009) et président du comité d’organisation de la Coupe du monde 2018, après avoir dirigé le comité de candidature (jusqu’au vote décrié de 2010).

Cela fait beaucoup de conflits d’intérêts pour un seul homme mais le comité d’éthique de la FIFA n’y a jamais rien trouvé à redire. Le même comité d’éthique n’a pas davantage été ému en novembre dernier lorsque l’Agence mondiale antidopage (AMA) a révélé un dopage d’une telle ampleur dans l’athlétisme russe que Dick Pound, président de la Commission d’enquête de l’AMA, a estimé que «Vitaly Mutko ne pouvait pas ne pas être au courant, et que s’il était au courant, il était complice».

S’il a annoncé le soutien de la Russie à Gianni Infantino, Mutko a des contacts réguliers avec le Cheikh Salman et a même tenté d’organiser une réunion de tous les candidats le 17 février à Moscou. La campagne électorale fut si opaque qu’il y est d’ailleurs peut-être parvenu… Quoi qu’il en soit, sa mission est claire: veiller à ce que personne ne remette en cause la Coupe du monde 2018 en Russie.


Celui qui arbitre les débats: Domenico Scala (51 ans)

A quoi joue Domenico Scala, le président de la Commission électorale de la FIFA? C’est la question que se sont souvent posée les observateurs de la campagne. L’ancien directeur financier de Lonza jouit d’un excellent réseau, notamment aux Etats-Unis, et traîne une réputation jusqu’ici sans tache.

Mais ce personnage clé de la phase de transition qui s’achève n’est pas toujours facile à suivre dans ses décisions. Intransigeant par moments, plus coulant à d’autres occasions. Dans le contexte particulièrement trouble de la FIFA, il prête le flanc à toutes les interprétations. S’il veut la transparence, pourquoi a-t-il refusé de donner une consigne claire aux candidats qui ne savaient pas s’ils pouvaient librement répondre à l’invitation à débattre des parlementaires européens? «Nous lui avons demandé de se positionner, il a préféré rester dans le vague», constate le député britannique Damian Collins.

De même, pourquoi refuser au prince Ali l’isoloir transparent qu’il réclame? Alors que plusieurs candidats dénoncent des pressions sur les votants, n’y avait-il pas moyen de rappeler que les temps avaient changé et d’imposer des règles strictes?

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