US Open

Les quatre saisons du tennis

Melbourne, Paris, Wimbledon et désormais New York: les quatre tournois du grand chelem propose quatre surfaces, quatre ambiances très différentes et autant de manières de vivre le tennis

Si vous êtes footballeur de haut niveau, il y a de fortes chances que votre stade soit une arena sponsorisée par un assureur, que votre propriétaire soit Asiatique, que vos supporters recrutent parmi les familles CSP +, que votre maillot affiche la marque d’une compagnie aérienne du Moyen-Orient, que vos coéquipiers tatoués viennent des quatre coins du monde, que votre entraîneur veuille jouer la possession, et que vous déménagiez l’an prochain ou au mercato d’hiver «pour le projet» et pour des conditions de travail pratiquement similaires.

Le football, jeu connu pour son imprévisibilité, est devenu un espace normé, aseptisé, uniformisé. Sans surprise. Ce n’est pas (encore) le cas du tennis, au contraire de ce que les critiques (avérées) sur le ralentissement des surfaces laissent penser. Il y a énormément de diversité, de différences, entre l’Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l’US Open, et cela va bien plus loin qu’une question de ciment, de gazon ou de terre battue.

Par une extravagance aussi incongrue qu’inexplicable, Le Temps a participé cette année à plus de tournois du Grand Chelem que Roger Federer, Stan Wawrinka, Andy Murray ou Novak Djokovic. A Melbourne en janvier, Paris durant les ponts de mai-juin, Londres début juillet et New York durant l’été indien, nous avons pu saluer la vaillance de Rafael Nadal et Marin Cilic, seuls membres du top 10 présents à chaque fois, et constater partout des dizaines de petits détails qui font de chaque événement un moment unique et spécifique.

Même s’il y fait invariablement beau et doux (vous pouvez faire systématiquement la même valise de janvier à septembre), le tennis vit au rythme de ses quatre saisons.

A chacun son rythme

Cela commence dès l’accès au stade. L’Open d’Australie se déroule en plein centre de Melbourne, Roland-Garros dans un quartier excentré mais chic de Paris, Wimbledon est un gros village à la campagne et l’US Open a pris ses quartiers depuis 1978 dans le borough populaire du Queens.

A l’image du tennis, qui n’est partout qu’un sport secondaire, ces stades s’élèvent à l’ombre de plus gros qu’eux: le Melbourne Cricket Ground, le Parc des Princes, le Citi Field de l’équipe de baseball des Mets. Seul Wimbledon, le plus vieux tournoi du monde, semble ne nourrir aucune espèce de complexe.

A la question du parking, les Australiens vous répondront: «Pourquoi vouloir venir en voiture?», les Français qu’il n’y a pas de parking, les habitants de Wimbledon que leur cour est disponible moyennant un don à une œuvre de charité, les Américains que c’est 25 dollars la journée. Pour les places, dépêchez-vous pour Melbourne, vous feriez mieux de vous faire inviter à Paris, vous pouvez commencer à faire la queue ou participer à la loterie à Londres, il vous suffit de vous présenter aux guichets à Flushing Meadows.

Chaque tournoi bat au rythme de sa propre pulsation. A Melbourne, on se presse paisiblement dès l’ouverture des portes. A Paris, le Central paresse puis se remplit à la hâte après le déjeuner (menu business, café, pousse-café). A New York, c’est excité que l’on déboule de Manhattan pour la night session. Il est environ 19h, l’heure à laquelle à Londres on commence à se mettre en rang pour le lendemain, dans le calme et la discipline.

Bleu lagon, bleu pétrole

Vous voici à l’intérieur. Chaque tournoi a sa couleur (respectivement: bleu lagon, ocre, aubergine/courgette, bleu pétrole), son élément dominant (l’air, la terre, l’eau, le feu), son odeur (l’eucalyptus, la rose et le jasmin, le gazon coupé, la cannelle), sa boisson (bière, vin, Pim’s, champagne), son accessoire (la crème solaire sous le soleil austral, le panama à Paname, le parapluie à Londres, la casquette aux States).

C’est très relax à Melbourne, embouteillé à Roland-Garros, réservé à Wimbledon, open space à Flushing Meadows. L’ambiance y est successivement celle d’un pique-nique, d’un cocktail, d’une garden-party, d’un afterwork. Quatre tournois sur trois continents plus une île, et autant de situations différentes, de contextes locaux, de particularismes culturels, d’interprétations sociologiques.

L’ADN: le court central

Mais c’est vraiment le court central qui donne à chaque tournoi son identité. Confortable, fonctionnelle, ceinturée d’écrans géants, la Rod Laver Arena est le prototype du stade moderne.

A Paris, le court Philippe Chatrier, vétuste, exposé aux quatre vents comme aux rumeurs, projette le tennis en bord de scène. C’est un théâtre à ciel ouvert, avec ses loges aux meilleures places, son poulailler d’où tombent railleries et traits d’esprit. Le Centre Court, vierge, dense, immuable, replié sur lui-même comme dans une pénombre savamment entretenue, est un cloître. Ici, un match, surtout si c’est Federer qui joue, est une messe suivie dans un silence religieux.

L’Arthur Ashe Stadium ne peut être qu’à l’image de New York: immense, bouillonnant, bruyant, haut comme un gratte-ciel et évasé comme une vasque.

«Comparer est impossible»

Le public, forcément, ne s’y comporte pas de la même manière. Les Australiens aiment le sport, les Français le style, les Anglais le tennis, les Américains la performance. Melbourne encourage les deux joueurs, Paris en préfère un mais peut changer d’avis en cours de match, Londres aime Federer, New York le vainqueur.

Sur chaque étape du Grand Chelem, des représentants des trois autres viennent voir, observer, s’inspirer. «A chaque fois, ils concluent que toute comparaison est impossible parce que chaque tournoi a ses propres caractéristiques», s’amuse Craig Morris, Australien débauché par la fédération américaine. Aucun n’est mieux que les autres. Chacun, à sa manière, contribue au succès du tennis.

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