Paul Accola, Steve Locher, Didier Cuche et Bruno Kernen seront les quatre Suisses engagés, ce mardi, dans le super-G masculin des championnats du monde de Vail. Pour palier la désaffection encore possible de Didier Cuche, grippé, l'équipe a nommé Jürg Grünenfelder réserviste. «Ça va mieux, confiait toutefois Didier Cuche dimanche soir. Je n'ai plus de fièvre, tout juste encore un peu mal à la tête et le nez légèrement endommagé. En principe, je serais au départ. En tout cas, j'ai suffisamment de force dans les jambes. Je l'ai constaté à l'entraînement.» Le skieur neuchâtelois estime ne pas être sous pression plus que d'habitude: «Je vais faire le maximum. A l'entraînement, je suis dans les temps de mes coéquipiers.» Et il ajoute, ironique: «Il y a des athlètes malades qui gagnent des courses. Pourquoi pas moi? Notez bien que je ne cite personne.» Les initiés auront compris que le Neuchâtelois fait référence aux rumeurs de dopage qui entourent le Norvégien Lasse Kjus.

La piste de «Birds of Prey» de Beaver Creek a été créée par le Suisse Bernhard Russi qui a reçu, mardi, une distinction pour sa contribution depuis de nombreuses années au rayonnement du ski alpin. Comme Didier Cuche, Steve Locher apprécie cette piste: «J'y ai terminé cinquième au cours de la saison 97-98, rappelle-t-il. J'y ai donc de bons souvenirs en super-G. Si le temps est clair, ce sera parfait pour moi.» Steve Locher, en effet, connaît parfois des difficultés lorsque la visibilité n'est pas bonne. «Il ne s'agit pas d'une question de vue. Simplement, j'ai moins confiance lorsque je n'y vois pas parfaitement.»

La piste de «Birds of Prey» comporte toutes les difficultés qui feront du super-G des Mondiaux une épreuve de haut niveau: de la pente, des sauts, une longueur suffisante. Sans oublier que le tracé culmine aux alentours de 3000 mètres d'altitude. «Pas de problèmes, considère Didier Cuche. Nous avons l'habitude de nous entraîner à ces hauteurs-là.»

Une chose est sûre, la concurrence sera féroce ce mardi. La victoire devrait concerner avant tout les Autrichiens Hermann Maier et Stefan Eberharter ainsi que les Norvégiens Lasse Kjus et Kjetil-Andre Aamodt. «Des tout bons», estime Steve Locher qui aborde l'épreuve calmement: «En tout cas, je suis moins sous pression moins qu'en géant. Et puis, dans des championnats du monde, tout se joue sur une seule course, et je conserve des chances même si nombre de mes adversaires sont bien meilleurs que moi et que nous ne nous sommes pas beaucoup entraînés en super-G (n.d.l.r.: six jours seulement) avant le début de la saison. Je suis en pleine forme. Ici, à Vail, je dispute mes 5es Mondiaux. Pour l'heure, je n'y ai récolté que de bonnes places. Je me verrais bien franchir une étape supplémentaire.

Deux autres Suisses rêvent aussi d'un exploit: le Bernois Bruno Kernen et le Grison Paul Accola. Toujours aussi chaleureux qu'un iceberg, Accola se borne à dire qu'il tient la «top forme». Kernen, lui, reconnaît qu'il n'a guère brillé dans la spécialité cet hiver. «Je persiste à penser que le super-G est ma discipline de prédilection et je compte bien le prouver ici.» L'épreuve disputée à Beaver Creek comprendra 35 portes, règlement oblige, et les virages seront donc serrés. Ce que Bruno Kernen n'apprécie pas. «C'est exact, mais depuis ma quatrième place de Kitzbühel, j'ai un bon pressentiment. Il ne me manque qu'un exploit pour retrouver de nouveau toute ma confiance. Pourquoi ne le réaliserai-je pas ici?»

Pourquoi en effet? Souvenons-nous de sa victoire à Sestrières. Alors que personne ne l'attendait à pareille fête, Kernen est devenu champion du monde de descente, il y a tout juste deux ans.