Marc Rosset est arrivé tout droit de Sardaigne, sommairement vêtu d'un pantalon kaki et d'un sweat à capuche. Juste un saut de puce pour «clarifier certains points, laver mon nom». Pour exprimer une vérité, la sienne, sur les circonstances exactes, farouchement tues, de son éviction de l'équipe suisse de Coupe Davis, où il occupait une fonction de consultant et de capitaine. Quelques confidences plus tard, dans un hôtel proche de l'aéroport, le Genevois a regagné son repaire italien, où il projette de reprendre ses vacances. «Pour deux mois au moins.»

Il fallait bien que Marc Rosset parle. Surtout si, comme il le prétend, le communiqué officiel de Swiss Tennis, diffusé le jour de son licenciement, est un tissu d'inepties. Non, insiste le Genevois, il n'a pas appris la nouvelle de la bouche de Roger Federer. «Voilà six mois que j'attendais de connaître mon sort. J'en ai eu assez. Un jour, j'ai pris le téléphone et j'ai appelé la présidente (ndrl: Christine Ungricht, de Swiss Tennis). Je savais à quoi m'attendre.»

Le communiqué évoque un rejet «unanime». Faux, soupire Marc Rosset. «Georges Bastl n'a pas été consulté. Un autre joueur m'a exprimé sa profonde déception.» Subsiste un mystère, un secret bien gardé: la position de Federer ou, en filigrane, son influence et sa réelle implication dans le débat. «Roger considère la Coupe Davis comme du plaisir pur… tant qu'elle ne lui cause pas trop d'emmerdes.» Peiné: «Nous nous sommes entretenus au téléphone bien après l'annonce de mon renvoi. Je lui ai dit que j'étais très déçu par son attitude. Quand il avait 18 ans et qu'il avait besoin ade conseils sur le circuit, il pouvait me joindre en tout temps. Moi, j'ai dû attendre six mois et cinquante coups de fils avant de lui parler. J'ai trouvé Roger un peu relax sur ce coup-là. Mais il est intelligent. Il s'est excusé.»

Comme l'a colporté la rumeur, Ivo Heuberger serait à l'origine du mouvement insurrectionnel. Les reproches véhéments assénés par Rosset en février 2004, au sortir d'une défaite – définitivement pitoyable – contre la France, ont vexé un garçon qui, s'il présente des états de service modestes, n'est pas moins solidement implanté dans les arcanes. Sous Rosset, Heuberger n'avait plus aucune chance de jouer. Il le savait. «Pour certains joueurs, la Coupe Davis représente beaucoup d'argent, les hôtels cinq-étoiles, les bonnes bouffes et des photos dans les journaux. Tous les conflits que nous avons eus ces dix dernières années étaient liés à des intérêts financiers. Le numéro quatre de l'équipe perçoit 40 000 francs par rencontre, ce qui lui permet de financer une bonne moitié de saison. Le numéro cinq ne touche déjà plus que 5000 francs.»

Rosset révèle encore qu'en février dernier, pour la rencontre face aux Pays-Bas, le staff technique avait choisi la terre battue. «Swiss Tennis a laissé entendre que cette surface était trop coûteuse. A Palexpo, en septembre prochain, il y aura de la terre battue. Alors qu'avec Roger dans l'équipe, nous pouvions battre la Grande-Bretagne sur de la bouze de vache!» Rosset affirme qu'il a sollicité une entrevue avec les joueurs, à Roland-Garros puis à Wimbledon, mais que la Fédération l'en a dissuadé, sous des prétextes fallacieux. «Je n'étais déjà plus capitaine…»

A l'inverse, deux reproches, surtout, sont adressés au Genevois: son comportement tantôt exubérant, tantôt défaitiste sur la chaise de capitaine («Mais pourquoi n'en avoir jamais discuté autour d'une table?») et ses absences à quelques entraînements: «J'en ai manqué un, pour signer des autographes dans un Centre commercial et libérer les joueurs de cette corvée, puis je n'ai pas assisté à un échauffement du dimanche matin.»

Le seul tort dont il se repent – mais en est-ce vraiment un? – porte sur son caractère entier. «Je le suis trop, je pense, pour serpenter entre les egos et les susceptibilités de chacun. Je ne suis pas prêt à gérer un jardin d'enfants.» Rosset rappelle surtout «qu'il n'a jamais rien demandé, à commencer par ce mandat de capitaine».

A son retour de vacances, il pourrait occuper différentes fonctions dans le management sportif. Le tennis, c'est fini. «J'ai frappé quelques balles avec des copains, mais le cœur n'y est plus. Je voudrais partir en beauté, peut-être à Bâle, dans le double, avec un gars sympa.» Marc Rosset n'ira pas à Palexpo. Ce jour-là, il a «quelque chose de prévu, un truc très important»…