On ne voudrait pas porter la poisse à Fabio Celestini, à qui le président Alain Joseph vient de renouveler sa confiance, mais l’entraîneur du Lausanne-Sport a du souci à se faire. Plus que l’actuelle dernière place du championnat de Super League, c’est son titre d’entraîneur de l’année 2016 qui semble le placer sur un siège éjectable.

A la traditionnelle Nuit du football suisse, fin janvier au KKL de Lucerne, le coach vaudois a succédé à Pierluigi Tami, élu en 2015. Dimanche, le Tessinois a été démis de ses fonctions après la défaite de Grasshopper contre Vaduz. Le conseil d’administration de GC a nommé Carlos Bernegger pour le remplacer.

Tami avait déjà été désigné «entraîneur de l’année» en 2011. En 2012, c’était Heiko Vogel, viré la même année du FC Bâle; en 2013 Murat Yakin, aujourd’hui à la tête du modeste FC Schaffhouse; en 2014 Michael Skibbe, viré en janvier 2015 de GC et remplacé par… Pierluigi Tami.

Des départs non remplacés

Qu’est-ce qu’un bon entraîneur? Avec les déconvenues récentes d’Unai Emery au PSG, encensé pendant trois semaines et descendu en huit minutes, et de Claudio Ranieri à Leicester, on ne sait plus trop. Certains diront que le bon entraîneur est celui qui fait progresser ses joueurs, comme Marcelo Bielsa. D’autres objecteront qu’il vaut mieux faire progresser l’équipe, comme Antonio Conte. Un Arsène Wenger pense que le bon entraîneur est celui qui influence simultanément les résultats, les individus et les structures. Un José Mourinho ne juge que par le palmarès.

Le bon coach est peut-être en définitive celui qui tire le meilleur parti des moyens à sa disposition. A Grasshopper, ils sont en constante régression. Depuis son arrivée en janvier 2015, Pierluigi Tami a vu partir Amir Abrashi (Freiburg), Michael Lang (Bâle), Yoric Ravet (YB), Shani Tarashaj (Everton), Moritz Bauer (Kazan) et Munas Dabbur (Salzbourg). La vente des quatre derniers a rapporté pas mal d’argent au club (environ 15 millions de francs), mais cette somme n’a jamais servi à acheter de nouveaux joueurs. Cet hiver, Munas Dabbur est certes revenu mais GC a perdu son capitaine et meneur de jeu, le Suédois Kim Källström.

Tandis que la FC Bâle marche sans faiblir vers un huitième titre consécutif, GC s’enfonce doucement vers la Challenge League. Les Sauterelles demeurent le club le plus titré du pays (27 fois champions, 19 fois vainqueur de la Coupe) mais n’ont plus rien gagné depuis 2013 (coupe de Suisse).

La fin des vaches grasses

En championnat, le dernier titre remonte à 2003 et l’ultime place d’honneur à un titre honorifique de «champion d’automne» en décembre 2012, six mois après avoir évité la faillite. Cette année-là, le retrait de licence du Xamax de Bulat Chagaev et les 36 points de pénalité infligés au FC Sion avaient déjà sauvé la place de GC, pénible huitième de la Super League.

Abandonné par la place financière zurichoise (la banque Vontobel, essentiellement), chichement soutenu par la Ville (64 574 francs versés annuellement au mouvement juniors), Grasshopper a vu défiler presque autant de présidents que d’entraîneurs depuis une douzaine d’années: le roi de l’immobilier Walter A. Brunner (2005-2007), l’ancien gardien Roger Berbig (2007-2009), l’ex-secrétaire général de la FIFA Urs Linsi (2009-2011), Roland Leutwiler, le président du «Owners club», un groupe d’investisseurs (2011-2012), André Dosé (2012- décembre 2013). Début 2014, le conseil d’administration reproche à l’ancien CEO de Swiss de trop dépenser l’argent des autres et le remplace par Stephan Anliker. Plus soucieux d’économies que de titres, le président actuel a mis fin aux rêves de grandeurs de Grasshopper.

Club sans vedette et sans argent, Grasshopper n’a plus de stade depuis 2008. Démoli en prévision de l’Euro, le Hardturm n’a jamais été reconstruit. En attendant qu’un projet sorte de terre à l’horizon 2020, les Sauterelles jouent au Letzigründ mais ont perdu 3000 spectateurs de moyenne en franchissant le Duttweilerbrücke qui enjambe la voie ferrée. Dans ce contexte sinistré, que peut faire le meilleur entraîneur de l’année?