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A tout juste 20 ans, la Saint-Galloise est encore une très jeune joueuse, mais sa chute vertigineuse au classement mondial en fait une potentielle has been.
© Keystone/Salvatore Di Nolfi

Tennis

Qu’est-il arrivé à Baby Belinda?

Belinda Bencic, 20 ans, est passée en un an du 7e au 135e rang mondial et en une semaine du prestigieux tournoi de Miami à celui, beaucoup plus obscur, de Croissy-Beaubourg. Récit d’une chute libre

Depuis le début officiel du printemps, la fine fleur du tennis s’épanouit au soleil de Miami. Garçons de l’ATP et filles de la WTA sont réunis pour ce tournoi qui, comme celui qui le précède à Indian Wells, s’étale sur une dizaine de jours et draine des foules comparables à celles de Melbourne ou Roland-Garros. Roger Federer l’a remporté deux fois, Martina Hingis deux fois également et Stan Wawrinka y est tête de série numéro 1 cette année.

Belinda Bencic, elle, n’y a fait qu’un séjour éclair. Battue au deuxième tour en Californie, elle s’est inclinée d’emblée en Floride, 3-6 6-4 3-6 contre l’Italienne Sara Errani. Trois matchs en quatre semaines, c’est bien trop peu pour la Saint-Galloise qui a préféré faire son sac, traverser aussitôt l’Atlantique et participer cette semaine au tournoi de Croissy-Beaubourg, dans le grand Est parisien.

Des 13 800 places du central de Crandon Park aux 1000 sièges provisoires installés dans la halle du centre de la Ligue de tennis de Seine-et-Marne, le déclassement est plus dur à encaisser que le décalage horaire. A Croissy-Beaubourg, l’entrée est gratuite, les joueuses sont logées dans un hôtel du parc voisin de Disneyland Paris et n’ont pas de navettes qui les attendent à la gare ou à l’aéroport, le prize-money est de seulement 60 000 dollars (contre 6,9 millions à Miami). Présenté comme «une étape incontournable pour les championnes de demain», le tournoi accueille aussi les championnes d’hier, comme Virginie Razzano (33 ans, ancienne 16e mondiale) et Francesca Schiavone (36 ans, vainqueur de Roland-Garros 2010).

Insultée sur Twitter

Le cas de Belinda Bencic est très différent. A tout juste 20 ans (elle les a fêtés les 10 mars), la Saint-Galloise est encore une très jeune joueuse mais sa chute vertigineuse au classement mondial (elle a perdu plus de 120 places en un an) en fait une potentielle «has been».

Après son élimination à Miami, Belinda Bencic s’est attirée de nombreuses critiques, dont un tweet particulièrement désobligeant (et grossier) d’un footballeur professionnel écossais. Avait-il bu, avait-il parié? Malgré ses manières parfois agaçantes, le tennis professionnel, même féminin, est un monde impitoyable. Prenez le footballeur Josip Drmic; avant de marquer le but de la victoire samedi pour la Suisse contre la Lettonie, il n’avait plus marqué depuis 392 jours. Longtemps blessé, il a tout de même pu conserver sa place dans la meilleure ligue (la Bundesliga), jouer régulièrement dans un bon club (Moenchengladbach), être payé convenablement et même être appelé en équipe nationale.

Une joueuse de tennis, elle, ne peut jamais rien prendre pour acquis. Pas de victoire, pas de point. Pas de point, pas de bon classement. Pas de bon classement, pas de match facile, voire pas d’entrée directe dans les tableaux principaux. Et bien sûr, pas de rentrées financières, donc pas d’argent à investir dans un vol en business pour étendre les jambes ou dans l’engagement d’un entraîneur ou d’un physio, ce qui réduit encore les chances de retour.

Blessure à l’âme

Quart-de-finaliste à l’US Open 2014 à 17 ans, septième mondiale en février 2016 après sa finale à Saint-Pétersbourg, Belinda Bencic a depuis enchaîné les contre-performances: 24 défaites, 10 victoires. Depuis le début de la saison, elle n’a joué que neuf matchs, dont deux en Fed Cup en février à Genève contre la France. Elle y a célébré (contre Pauline Parmentier) l’une de ses deux victoires de l’année. L’autre est un premier tour passé à Indian Wells contre la Bulgare Pironkova. Au lieu d’empiler les titres, elle a accumulé les blessures: au dos, aux adducteurs, à la cuisse, au poignet. Et, à force, à l’âme.

Comme beaucoup de joueuses avant elles, Belinda Bencic expérimente la difficile transition de jeune fille à jeune femme. Le corps change, les attentes changent, les regards changent. Le jeu devient un métier, l’aventure familiale une PME. Souvent, c’est le moment où il faut couper le lien familial. Il ne faut plus obéir pour faire plaisir à papa mais décider ce que l’on veut pour soi.

Apparemment, elle veut vraiment être joueuse de tennis. Belinda Bencic a convaincu son père Ivan de prendre du recul. A Acapulco et aux Etats-Unis, elle était accompagnée de Maciej Synowka, ancien coach de Coco Vandeweghe et de Mirjana Lucic-Baroni. Un premier signe. Mais la volonté ne suffit pas, il faut retrouver la confiance. Gagner des matchs. Donc jouer, même à Croissy-Beaubourg.

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