Le Comité international olympique et le Comité national olympique italien (CONI) ont désigné le Laboratoire suisse d'analyse du dopage (LAD), basé à Lausanne, pour effectuer tous les tests sanguins durant les Jeux olympiques d'hiver de Turin, du 10 au 26 février.

Le Temps: Quelle sera la nature exacte du travail de votre laboratoire lors des JO de Turin?

Martial Saugy: Nous sommes exclusivement chargés d'effectuer les contrôles sanguins. Les autres tests seront assurés par le Laboratoire national italien.

- Pourquoi le CIO et le CONI ont-ils choisi de faire appel à vos services?

- Dans le cadre des Jeux olympiques, tous les contrôles antidopage sont normalement confiés aux laboratoires nationaux. C'est la norme. Mais à Turin, la situation se présentait différemment. Il se trouve que, parmi les 33 laboratoires accrédités par le CIO au niveau mondial, le nôtre est le seul qui ait aujourd'hui le plein aval de l'Agence mondiale antidopage en ce qui concerne les contrôles sanguins. Dans ce domaine, nous sommes à la pointe de la technologie. Le Laboratoire national italien reste parfaitement compétent pour effectuer toutes les autres analyses.

- A quel type de dopage s'attaquent les contrôles sanguins?

- Notre technique de dépistage permet de repérer ce que l'on nomme les transfusions homologues. Cette forme de dopage fonctionne de la façon suivante: le sang d'une personne dite compatible est ajouté (en quantité variable) à celui de l'athlète. Ce procédé accroît le nombre de globules rouges dans l'organisme, améliorant les performances, principalement pour les épreuves d'endurance, telles que le ski de fond ou le biathlon.

- Le dopage par transfusion comme substitut à l'EPO?

- En réalité, la transfusion sanguine est une vieille méthode de dopage qui avait pratiquement disparu avec l'apparition de l'EPO, plus pratique à utiliser. Mais comme la prise de cette substance, en vogue ces dix dernières années, est devenue facilement détectable, le dopage par transfusion refait surface.

- De quelles infrastructures disposerez-vous à Turin?

- Sept collaborateurs se rendront sur place, où nous profiterons de très beaux locaux. Une permanence sera assurée 24 heures sur 24.

- Les contrôles inopinés, tels qu'ils seront pratiqués à Turin, favorisent-ils la détection du dopage par transfusion?

- Dans notre cas, l'effet de surprise ne change rien. Les signes d'une transfusion (la présence dans l'organisme de cellules d'un autre individu) restent décelables suffisamment longtemps dans l'organisme d'un athlète, sans qu'il puisse les effacer rapidement, comme c'est le cas avec d'autres produits dopants.

- D'un point de vue économique, que représente ce contrat pour votre laboratoire? - Les bénéfices financiers à court terme sont quasiment négligeables. Le montant du contrat s'élève à peine à 100000 francs. Ce n'est pas négligeable, même plutôt bienvenu, mais nous devons compter avec une logistique conséquente, du matériel en leasing et le paiement des assurances. En revanche, les retombées indirectes, en termes de notoriété et de capital confiance, devraient servir nos intérêts à moyen terme. Nous espérons légitimement que cette tribune scientifique ouvrira la porte à d'autres contrats avec diverses fédérations.