Le Temps: Il paraît que vous avez envoyé un courrier à l'Union cycliste internationale (UCI) concernant Lance Armstrong…

Eric Boyer: C'est mon rôle, en tant que président de l'AIGCP, de prôner les valeurs d'équité et de permettre aux équipes de se présenter sur les lignes de départ en ayant l'assurance d'être traitées toutes de la même manière. Lorsque Lance Armstrong a annoncé son retour à la compétition, j'ai lu la presse, je me suis informé. Et il se trouve que je me pose quelques questions pour lesquelles je n'ai pas de réponse. Je les ai donc soumises à l'UCI. Le courrier a été envoyé le 7 octobre. Pour l'instant je n'ai rien reçu en retour, mais Patrick McQuaid (ndlr: président de l'UCI) était en vacances. Je vais le voir mercredi à la présentation du Tour de France. J'espère avoir déjà une réponse verbale à ce moment-là.

– Quelle est la teneur de ce courrier?

– Nous demandons que l'UCI – la crédibilité du cyclisme passe par là – traite Lance Armstrong de la même manière que les autres coureurs du peloton. Or, lorsque nous entendons Armstrong dire qu'il travaillera avec Don Catlin (ndlr: fondateur du Laboratoire antidopage de Los Angeles), que ce dernier effectuera lui-même les tests, analysera les échantillons de l'Américain et les fournira à l'UCI, nous estimons que cela ne rentre pas dans le cadre des procédures réglementaires de l'UCI en termes de suivi des contrôles prévus par le passeport biologique.

– En quoi consiste la procédure?

– Un coureur doit inscrire son lieu géographique de présence afin de permettre à l'UCI d'envoyer en tout temps des contrôleurs. Ces derniers procèdent aux tests et envoient les échantillons dans un laboratoire accrédité. Ce laboratoire est ensuite chargé d'envoyer les résultats à l'UCI, qui les inscrit dans le passeport biologique des coureurs.

– Si l'UCI ne fait rien, Armstrong aurait en quelque sorte son propre suivi antidopage…

– Nous estimons que l'on ne peut pas accepter pour Armstrong ce qu'on refuse aux autres. Je rebondis par la même occasion sur le fait que l'UCI accepte un passe-droit pour qu'Armstrong puisse participer au Tour Down Under (Australie). D'un côté, il affirme vouloir démontrer son respect des règles, et en même temps il demande une dérogation pour participer au Tour Down Under. L'UCI a la responsabilité de la lutte contre le dopage, si elle ne fait pas tout ce qui est en son pouvoir, elle devra rendre des comptes.

– Le retour d'Armstrong ne fait pas l'unanimité dans le milieu…

– Le nom d'Armstrong fait peur à beaucoup de gens. Il a laissé des traces dans le cyclisme. Il faut savoir si on va à nouveau se poser les mêmes questions que l'on s'est posées pendant sept ans. Quand l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) lui propose d'apporter la preuve que les suspicions à son égard son infondées, il refuse. C'est dommage.

– Si l'UCI refusait de contraindre Armstrong à se soumettre aux procédures réglementaires ainsi qu'au programme de localisation de l'Agence mondiale antidopage, pensez-vous que les organisateurs du Tour de France pourraient lui fermer la porte?

– Je ne peux pas répondre à leur place. J'ai fait part à ASO de mon courrier à M. McQuaid.

– Que pensez-vous des dérives médiatiques liées aux analyses effectuées par l'AFLD sur des échantillons du Tour 2008?

– Ces analyses rétroactives sont une bonne chose. Elles ont permis de confondre Riccò, Piepoli et Schumacher. En revanche, il est désolant de voir des noms cités dans la presse et dans le milieu sans qu'aucune preuve ne soit apportée. Je ne sais pas si l'AFLD a terminé ses analyses. Mais elle doit ensuite, avant de pouvoir informer, suivre une procédure juridique légale qui peut prendre du temps.