Le Temps: La FIFA fête cette année son centième anniversaire. Quel bilan tirez-vous?

Joseph Blatter: Nous pouvons nous féliciter du fait que la FIFA ait survécu financièrement à la crise et la mise en faillite de son agent de marketing ISL, au fait que l'assureur Axa ait, au lendemain du 11 septembre 2001, annulé son contrat pour la Coupe du monde 2002 et enfin aux problèmes d'insolvabilité du groupe Kirch, l'un des sponsors. Nous avons bien maîtrisé tout cela. Nos finances sont bonnes et la Coupe du monde 2006 s'annonce très bien. Le succès de 2002 a prouvé que le jeu était bon et attractif. Nous sommes déjà assurés du succès économique de la Coupe du monde 2010, qui se déroulera en Afrique. Le lieu n'a pas encore été déterminé (Egypte, Maroc ou Afrique du Sud, ndlr), mais l'intérêt des télévisions est déjà grand. Ce qui prouve que c'est la valeur intrinsèque de la compétition en elle-même qui compte et non pas l'endroit où elle se déroule.

– Des problèmes toutefois vous préoccupent

– Nous constatons un manque de discipline des responsables de clubs envers les instances du football et un manque de courage des fédérations nationales. Il existe un calendrier unifié qui n'est pas respecté. Il y a trop de matches au niveau des clubs et cela pose des problèmes de disponibilité des joueurs pour leur équipe nationale. Nous devons également trouver des solutions face à l'endettement extraordinaire et malsain des clubs. Enfin, nous sommes malheureusement aussi confrontés au problème du dopage.

– A ce sujet, quelles mesures pouvez-vous prendre?

– Au sein de la FIFA, nous avons probablement le meilleur système de lutte antidopage grâce à un réseau de 130 médecins formés spécialement pour effectuer des tests de contrôle. D'autre part, la FIFA reconnaît le code de l'agence mondiale antidopage (AMA). Nous avons toutefois exigé un amendement. Car nous ne sommes pas d'accord avec le fait que l'AMA se réserve le droit de faire appel. Ce n'est pas son rôle. C'est une organisation au service du sport. C'est pour cela que nous avons adressé mardi une lettre à Richard Pound (président de l'AMA) pour exiger que chaque cas soit traité individuellement. On ne peut pas sanctionner tous les athlètes de la même manière. Prenez l'exemple d'un problème que nous avons rencontré avec deux joueurs en Allemagne. L'un d'eux a été contrôlé positif à la marijuana, qui est une drogue mais pas un produit dopant, et l'autre à la nandrolone. Il est évident que l'on ne peut pas juger ces deux cas de la même manière.

– Quelles solutions voyez-vous pour lutter contre l'endettement des clubs?

– La solution ne peut être qu'économique. Si le football professionnel était organisé dans tous les pays de manière juste et correcte comme en Allemagne et en France, il n'y aurait pas autant de problèmes. Les clubs doivent se soumettre aux lois de l'économie. S'ils dépensent plus qu'ils ne gagnent, ils doivent demander un sursis concordataire ou déposer le bilan. Ou alors trouver de nouveaux bailleurs de fonds. Il faut être plus dur avec les clubs. L'UEFA le sera avec l'introduction de la licence. Et la Fédération italienne, par exemple, a été sommée de faire de l'ordre.