Les Anglais ayant inventé tout à la fois le fair-play, le rugby et la passion sportive, gageons qu’ils sauront désormais s’enthousiasmer pour les autres équipes de «leur» Coupe du monde. Et notamment cette magnifique équipe d’Australie qui leur a donné la leçon samedi à Twickenham (13-33). Il leur faudra néanmoins quelques jours pour digérer l’humiliation d’une élimination dès le premier tour.

Un pays organisateur sorti dès le deuxième match, la Coupe du monde de rugby n’avait jamais vu ça. Le football et la Suisse oui, lors de l’Euro 2008. Mais la Nati ne se voyait pas gagner le tournoi et l’ASF n’avait pas misé ce que la RFU, la fédération anglaise de rugby, a investi pour ce Mondial et pour cette équipe. Du diffuseur, la chaîne ITV, qui prévoit une chute des tarifs publicitaires de 40% pour la suite des compétitions, à l’équipementier, Canterbury, qui fait une croix sur la vente du maillot marqué du sceau de l’infamie, en passant par les brasseurs, les tenanciers de pub et la RFU (qui avait prolongé de six ans le sélectionneur Stuart Lancaster l’an dernier), chacun relit aujourd’hui sa police d’assurance en espérant y trouver une clause «naufrage».

L’accident industriel ayant été envisageable depuis la défaite initiale la semaine dernière contre le Pays de Galles (25-28), la Business School de Londres s’attend même à une baisse de 0,5% ce lundi matin à la City. Mais alors que l’Angleterre n’avait manqué que d’un peu de réalisme face au Quinze du Poireau, elle a cette fois été totalement surclassée par l’Australie. Les Wallabies ont produit la prestation la plus aboutie à ce jour dans cette Coupe du monde.

Auteur de 28 (2 essais, 4 pénalités, 3 transformations) des 33 points de son équipe, l’ouvreur Bernard Foley a concrétisé le remarquable travail des avants australiens, qui offrent un parfait mélange de puissance, de hargne et de dextérité ballon en main. Les Anglais ont bien sûr essayé de jouer mais il manquait trop d’expérience – «de méchanceté», disent certains observateurs pour qui le sélectionneur a fait une erreur en ne retenant pas certains forts caractères – pour soutenir la comparaison. En fin de match, l’Angleterre, qui était revenue à dix points, craquait nerveusement et finissait le match à 14 (carton jaune d’Owen Farrell). Le Quinze de la Rose a vécu ce que vivent les roses; l’espace d’un instant.