Changement d’ère pour Newcastle: un fonds saoudien s’est officiellement emparé jeudi du club de football du nord-est de l’Angleterre au terme de longues négociations et malgré l’opposition d’associations de défense des droits humains. «Nous sommes extrêmement fiers de devenir les nouveaux propriétaires de Newcastle United, l’un des clubs les plus célèbres du football anglais», s’est félicité le patron du fonds saoudien, Yasir al-Rumayyan, dans un communiqué.

Le club, appartenant depuis quatorze ans à l’homme d’affaires britannique Mike Ashley, est désormais détenu par un consortium comprenant le fonds d’investissement saoudien, PCP Capital Partners et les frères David et Simon Reuben. Le rachat a reçu le feu vert de la Premier League. «Newcastle est la meilleure équipe du monde et nous voulons la voir remporter des trophées au top niveau, en Angleterre et en Europe. Obtenir ces trophées signifie investissements, patience et temps», a expliqué jeudi Amanda Staveley, la directrice du club.

L’instance qui chapeaute le Championnat d’Angleterre avait pourtant été interpellée plus tôt jeudi par Amnesty International, l’ONG s’alarmant d’une reprise par un fonds souverain d’Arabie saoudite, et qualifiant la situation des droits humains de «désastreuse» dans le pays dirigé de fait par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Les Saoudiens avaient déjà tenté d’acquérir les «Magpies» durant l’été 2020, sans succès, handicapés par la personnalité du prince héritier, accusé de multiples atteintes aux droits humains, et notamment identifié par des responsables turcs et américains comme le commanditaire de l’assassinat en octobre 2018 du journaliste Jamal Khashoggi, tué au consulat saoudien à Istanbul.

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Des garanties d’indépendance

La deuxième tentative est finalement la bonne, le club étant «vendu au consortium avec effet immédiat» selon un communiqué de la Premier League, précisant que l’organisme a «reçu des garanties légalement contraignantes que le Royaume d’Arabie saoudite ne contrôlera pas le club de Newcastle United».

La vente, dont le montant s’élève à environ 300 millions de livres (380 millions de francs) selon les médias britanniques, représente un «investissement de long terme» d’après la directrice générale de PCP Capital Partners, Amanda Staveley, qui ajoute viser «des trophées majeurs».

Club historique du football anglais (c’est à lui que la Juventus doit son célèbre maillot rayé noir et blanc), Newcastle a connu ses heures de gloire (quatre championnats, six Cup) durant la première moitié du XXe siècle. Il a depuis surtout brillé par la ferveur de ses supporters, parmi les plus nombreux en déplacement, son goût pour les joueurs de classe (Chris Waddle, Paul Gascoigne, David Ginola) et ses transferts aussi dispendieux qu’inefficaces. Le dernier âge d’or remonte au début des années 1990, quand la formation entraînée par Kevin Keegan et menée par le buteur Alan Shearer (ainsi que par Marc Hottiger) luttait, en vain, pour le titre de champion.

Revenu en Premier League en 2017 après un an en deuxième division, ce club populaire du nord-est de l’Angleterre pointe à la 19e place du classement après sept journées. Newcastle entre dans le cercle des clubs dépendant des immenses fortunes des pays du Golfe, après le passage sous pavillon émirati de Manchester City en 2008 et le rachat du Paris Saint-Germain par le fonds d’investissement qatari QSI en 2011.

Une fédération proche de la FIFA

Le pouvoir saoudien marque ainsi un peu plus sa présence dans le monde du sport, alors que le pays accueille de grandes courses automobiles comme le rallye du Dakar depuis 2020, ou prochainement une manche du championnat du monde de Formule 1, une manière de répondre à la politique ambitieuse de ses rivaux régionaux comme le Qatar, hyper-présent depuis une décennie avec, en point d’orgue, l’organisation du Mondial 2022 de football.

L’Arabie saoudite a également des ambitions dans le football. En juillet, le projet d’une candidature commune avec… l’Italie pour organiser la Coupe du monde 2030 a été révélée par le site The Athletic. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, s’est rendu deux fois en 2021 à Riyad, pour discuter avec le prince Mohammed ben Salmane et c’est la Fédération saoudienne de football qui – officiellement – a proposé, le 20 mai 2021 lors du 71e Congrès de la FIFA, le lancement d’une étude de faisabilité sur une Coupe du monde tous les deux ans.

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La tension entre Arabie saoudite et Qatar était déjà apparue sur le terrain sportif, quand la chaîne qatarie beIN Sports avait accusé l’Arabie saoudite d’être derrière BeoutQ, un système de piratage des images sportives. La résolution récente de cet incident avait ravivé les rumeurs de rachat, jusqu’à l’officialisation jeudi.

«On peut de nouveau se reprendre à espérer»

Si d’anciens joueurs du club («Yesssssssss. On peut de nouveau se reprendre à espérer», a tweeté Shearer) ont fait part de leur joie et des centaines de supporters se sont rassemblés autour du mythique St James’Park pour célébrer ce rachat, l’irruption d’une telle puissance dans le football anglais inquiète également les militants des droits humains, visant explicitement Mohammed ben Salmane.

Avant l’officialisation du rachat, Amnesty international avait appelé la Premier League à durcir les critères pour pouvoir acquérir un club de football en Angleterre. «Au lieu de permettre à des personnes impliquées dans de graves violations des droits humains d’entrer dans le football anglais simplement parce qu’elles ont les poches pleines», l’ONG avait «exhorté la Premier League à changer ses critères (de sélection) des propriétaires et directeurs» de ses clubs.