Tennis

Rafael Nadal, le corps a dit stop

Handicapé par une douleur lancinante au poignet gauche, l’Espagnol se retire prématurément du tournoi de Roland-Garros. Un favori s’en va, un géant s’éteint et, probablement, une page se tourne

Toute l’après-midi, la salle de presse a attendu le forfait de Nick Kyrgios. Dès le début de son match contre Richard Gasquet, l’Australien s’était plaint de l’épaule et semblait pressé d’en finir, d’une manière ou d’une autre. Il n’abandonna pas, en tout cas pas physiquement, et Gasquet était sur le point de conclure (6-2 7-6 6-2) lorsqu'à 16h40, une voix au micro convoqua les médias pour une conférence de presse à 16h50 avec Rafael Nadal.

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Cela n’annonçait rien de bon, mais le doute était encore permis. La veille, Nadal s’était qualifié tranquillement contre l’Argentin Facundo Bagnis (6-3 6-0 6-3). Nadal n’eut pas à ouvrir la bouche. Assis sur l’estrade, attendant que les journalistes accourus en masse trouvent place, le Majorquin peinait à faire illusion. Le visage marqué, les yeux dans le vague, il semblait fuir tout contact visuel et se pinçait les lèvres. Les premiers tweets partirent avant qu’il ne finisse sa première phrase: «Je suis ici pour vous annoncer que je dois déclarer forfait. Je dois me retirer du tournoi parce que j’ai un problème au poignet, qui a commencé il y a environ deux semaines et qui ne fait que se renforcer tous les jours.»

Une infiltration pour jouer jeudi

Peu importait la suite. Le nonuple vainqueur de Roland-Garros quittant «son» tournoi avant le troisième tour, la terre venait de trembler. Une fois remis de leurs émotions, les journalistes voulurent en savoir plus. Retenant à plusieurs reprises ses larmes, Rafael Nadal répéta plusieurs fois la même chose, en anglais puis en espagnol. «Je suis arrivé ici avec un niveau de douleur gérable, mais cela a empiré jour après jour. Nous avons tenté tous les soins possibles. Jeudi, j’ai joué avec une piqûre d’anesthésiant pour endormir le poignet. J’ai réussi à jouer mais le soir, la douleur est revenue, plus forte, et vendredi matin, j’ai senti que je n’avais plus tellement de mouvement dans le poignet. Je suis venu ici, nous avons fait une IRM, une échographie, et les résultats sont négatifs.»

«Je voulais encore gagner ce tournoi. Mais pour cela il faut cinq matchs de plus et les médecins m’ont dit que c’était totalement impossible, que mon poignet serait certainement cassé si je faisais cela.» A ces mots ressurgit le souvenir d’un sentiment exprimé il y a quelques années par Andre Agassi: «Rafael Nadal tire des chèques sur sa santé que son corps ne pourra pas honorer.» A pas encore trente ans (il les fêtera, s’il en a le coeur, la semaine prochaine), l’Espagnol n’a plus dépassé les quarts de finale en Grand Chelem depuis deux ans (et sa victoire ici en 2014).

La fin d’une époque

Son forfait accentue l’idée que personne ne pourra empêcher Novak Djokovic de remporter enfin Roland-Garros. Paradoxalement, il confirme aussi que le record de 17 titres en Grand Chelem de Roger Federer est beaucoup moins accessible qu’il n’y paraît, car ce sont les derniers titres, l’âge venu, qui sont les plus durs à aller chercher. Il donne enfin un avant-goût, pas franchement alléchant, de ce que sera le tennis masculin lorsque Nadal et Federer ne joueront plus.

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