Tennis

Rafael Nadal, couronné par forfait

Peu importe son résultat au tournoi de Cincinnati, l’Espagnol de 31 ans retrouvera le trône de numéro 1 mondial dès lundi. Lui, le joueur au corps si souvent brisé, tient bon alors que ses rivaux essuient un tsunami de blessures

Rafael Nadal ou Roger Federer. Ce devait être l’un ou l’autre. Un revenant sur le trône de numéro 1 mondial au bout du Masters 1000 de Cincinnati, qui se déroule jusqu’à dimanche. L’Espagnol avait l’avantage de tenir son destin entre ses mains; le Bâlois celui d’être plus à l’aise sur la surface dure de l’Ohio, et plus en confiance après avoir atteint la finale à Montréal. Le duel des deux champions de retour à leur meilleur niveau promettait de faire de la dernière ligne droite avant l’US Open un climax sportif en soi. Et puis Federer a dû renoncer, le dos «bloqué». Nadal sera, lundi, le roi du tennis. Couronné par forfait.

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C’est un paradoxe comme seule l’histoire du sport sait en inventer. Le Majorquin au corps malmené, meurtri, à la carrière hachée par de longues convalescences, vire en tête au moment même où son grand rival, si longtemps épargné par les blessures, doit se soigner. Comme une version sans gants de boxe du Thrilla in Manilla (le «thriller de Manille»), dernier des trois combats entre Mohamed Ali et Joe Frazier, en 1975. Sur le ring, Ali est exténué, il va abandonner au début du quinzième round et il découvre avec stupéfaction que Frazier a jeté l’éponge juste avant.

Jeu de massacre

Rafael Nadal n’a jamais ménagé son corps. Ni à l’entraînement, ni par son style de jeu défensif qui pousse ses adversaires à l’épuisement autant qu’à la faute. Sa marche vers les cimes du classement mondial tient d’autant plus de la revanche qu’il est pour ainsi dire le seul homme debout. A l’approche de Cincinnati, les favoris ont déclaré forfait les uns après les autres. Le tenant du titre Marin Cilic souffre des adducteurs. Le numéro 1 mondial Andy Murray soigne une blessure à la hanche. Kei Nishikori se démène avec des douleurs au poignet droit. Stan Wawrinka (touché au genou) et Novak Djokovic (au coude) ne joueront plus cette saison.

Seuls quatre membres du top 10 de l’ATP sont au rendez-vous du Masters 1000 de cette semaine. Et peu importe qui y triomphe, le vainqueur de ce jeu de massacre sera bien Rafael Nadal.

Il mettra un terme au règne d’Andy Murray, long de trente-sept semaines. Tout en sachant que contrairement à l’abandon de Joe Frazier lors du Thrilla in Manilla, le forfait de Roger Federer n’est pas le point final de l’histoire. «Roger et moi faisons une grande saison, et nous aurons tous les deux une chance d’occuper la place de numéro 1 à la fin de l’année», dit-il. Après sa finale perdue à Montréal, le Bâlois a d’ailleurs lancé qu’il préférait remonter sur le trône après l’US Open plutôt qu’avant… «Je pourrais alors savourer cela pendant toutes mes vacances. Si j’y parviens maintenant, je devrai juste répondre à toutes les questions des journalistes.»

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Le corps à rude épreuve

Du coup, c’est Nadal qui s’y colle. «J’essaie d’apprécier le moment», souffle-t-il à L’Equipe. Il retrouvera le sommet pour la première fois depuis le 7 juillet 2014. «De nombreuses choses sont arrivées depuis la dernière fois où j’ai occupé cette place. Il y a eu des moments difficiles bien sûr mais j’ai toujours gardé l’amour et la passion du jeu.»

Il n’en fallait pas moins. Longtemps perturbé par des tendinites aux genoux et des ennuis aux pieds (fracture de fatigue), Rafael Nadal se découvre en 2015 une blessure d’un tout autre ordre. «Là, ce qui me fait défaut c’est le contrôle de mes nerfs, de mon émotivité… C’est comme si j’avais à guérir d’une blessure, mais qui cette fois n’est pas d’ordre physique, mais mental.» En plus, il retrouvera la routine des soucis de santé plus classiques l’année suivante, des problèmes au poignet lui pourrissant la vie à l’approche des Jeux olympiques de Rio.

En début d’année, le Majorquin assurait avoir digéré tous les coups du sort. «Je ne suis pas frustré à cause de mes blessures. Je suis réaliste. Peut-être que sans elles, j’aurais pu avoir une carrière encore plus brillante. Mais avec ou sans elles, j’ai eu une carrière fantastique.» Il fait depuis acte de résilience en montrant qu’elle n’est pas terminée.

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