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Si Rafael Nadal a pu se montrer parfois fébrile durant le tournoi, sa solidité et sa soif de victoire l’ont toujours sorti d’affaire.
© Aurelien Meunier / Getty Images

Tennis

Rafael Nadal en finale, la force et l’habitude

Pour la onzième fois de sa carrière, l’Espagnol disputera dimanche la finale de Roland-Garros. Et comme à chaque fois, il partira favori face à Dominic Thiem, novice à ce niveau

Difficile de placer «Nadal», «Roland-Garros» et «suspense» dans la même phrase. Sur sa surface préférée, dans son tournoi préféré, l’Espagnol est insatiable, implacable, impitoyable. Imbattable? Peut-être pas, mais deux joueurs seulement sont parvenus à le dominer en quatorze ans (dix victoires et un abandon à ce jour). Vendredi, l’Argentin Juan Martin Del Potro n’a résisté qu’une manche avant d’être balayé (6-4 6-1 6-2). On souhaite bien du plaisir dimanche à Dominic Thiem, qui devrait sans doute parvenir à se satisfaire de sa première présence en finale, comme Marco Cecchinato, qu’il a patiemment écarté de son chemin (7-5 7-6 6-1), s’est contenté avec le sourire et quelques larmes d’émotion de sa première demi-finale en Grand Chelem.

Un humain, pas un robot

Nadal, lui, ne se repaît de rien d’autre que du trophée. Et encore… Il lui est déjà arrivé d’aller taper des balles après une victoire. Sa nature angoissée n’est jamais complètement satisfaite ni rassurée. Il faut donc, pour essayer de lui faire entendre raison, employer la manière forte. «Il faut l’agresser et bien lui montrer que vous êtes sur le court pour gagner», est venu rappeler jeudi le Suédois Robin Söderling, l’un des deux à avoir eu la peau de l’ours (en 2009, l’autre est Novak Djokovic en 2015). Plus facile à dire qu’à faire, surtout quand le présentateur se met à égrener le palmarès parisien du type d’en face: «Vainqueur en 2005, 2006, 2009, 2008, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2017…»

Il en faut plus pour impressionner Juan Martin Del Potro. Dans un bon jour, l’Argentin est l’un des seuls à pouvoir inquiéter Nadal. D’ailleurs, le Majorquin n’est pas rassuré. On le sent inquiet, nerveux, aussi bourré de tics que son adversaire est lymphatique. L’autre jour en conférence, il a rappelé qu’il était «un être humain, pas un robot», et que les émotions pouvaient le saisir lui aussi. Mais il y a peut-être autre chose, une faille entraperçue au premier tour contre Simone Bolelli puis dans la première manche de son quart de finale contre Diego Schwartzman.

Le revers de «Delpo», moins létal, plus tactique

Un match avec Del Potro est toujours un spectacle. Le grand Argentin (1,98 m) promène sa carrure singulière d’une façon unique. Il faut le voir se déplacer à pas comptés, comme s’il tournait au ralenti ou évoluait en haute altitude. Il traîne une tristesse rentrée à la Droopy qui le rend immédiatement sympathique. Mais c’est son tennis qui séduit le plus. «Delpo» a l’air lent et pourtant il a à chaque fois le temps d’armer son immense bras et de choisir son coup. Sa panoplie est large et il sait varier la force, les angles, les effets. Son grand coup droit, frappé à plat, presque par en dessous, presque à la cuillère, est dévastateur.

Revenu de trois opérations au poignet gauche, il ne peut plus lâcher son revers comme avant. Alors il tient sa raquette comme pour guider la balle plus que pour la frapper. C’est moins létal qu’avant, mais plus tactique, plus varié, plus intéressant pour le spectateur et pas forcément plus simple pour l’adversaire. En quart de finale du dernier US Open, Roger Federer s’était retrouvé sans solution.

Le coup du lasso

Rafael Nadal est très vite menacé sur ses jeux de service, mais Del Potro ne va pas au bout et manque six balles de break dans la première manche, dont deux à 4-4. Il ne joue pas très bien ces points. Son manque de fraîcheur physique (il est arrivé à Roland-Garros sans savoir s’il pourrait s’aligner) joue peut-être contre lui. Nadal s’en sort, mène 5-4 et, dans le jeu suivant, exploite la première faiblesse de son rival pour conclure. Impuissance, malchance, maladresse, fatalité? A force, on se dit que c’est peut-être juste le mérite de Nadal.

A partir de ce moment-là, la machine est lancée. Le numéro un mondial breake d’entrée de deuxième set (il fera de même en début de troisième set), histoire de se détendre un peu. Il se relâche et laisse apparaître son coup droit lasso, où le bras en fin de geste vient s’enrouler au-dessus de la tête. Del Potro n’a plus les jambes et pas davantage la tête.

Thiem croit en ses chances

A Dominic Thiem désormais d’essayer de tenter sa chance. Il sait qu’il ne sera pas favori (tout le monde le sait) mais aussi que cela lui ôte toute pression. Il a sans doute vu également que Rafael Nadal n’est pas complètement serein dans cette édition de Roland-Garros. «Nadal sera le favori, il est toujours le favori sur terre, et ce quel que soit son adversaire. Contre lui, la pression ne sera pas sur moi. Et je sais comment jouer contre lui. J’ai un plan. Je l’ai déjà battu plusieurs fois (Buenos Aires 2016, Rome 2017, Madrid 2018).»

On peut lui prendre un set mais le battre, c’est autre chose. J’étais sur le court tout à l’heure et c’était presque impossible

Juan Martin Del Potro

C’est bien joué, mais cela ne suffira peut-être pas. Les conditions de jeu à Roland-Garros ne ressemblent pas à celles de Madrid ou Rome, moins favorables au jeu de Nadal. «On peut lui prendre un set mais le battre, c’est autre chose. J’étais sur le court tout à l’heure et c’était presque impossible, soulignait Juan Martin Del Potro après sa demi-finale. Il n’a fait que monter en régime au fil du match.» Conseil à Dominic Thiem: débuter pied au plancher et ne pas gâcher trop d’opportunités de breaker.


La pelle (mécanique) du 18 juin

La balle de match du simple messieurs dimanche sonnera le glas du court Philippe-Chatrier tel que le public le connaît. Dès le 18 juin, le Central de Roland-Garros entrera dans une course contre la montre. Les 15 000 sièges seront démontés, puis les tribunes seront démolies à 80% avant d’être reconstruites pour l’édition 2019.

Le futur toit rétractable, actuellement en construction en Italie, ne sera posé que pour l’édition 2020. Son poids oblige à d’abord consolider les fondations (un travail invisible effectué l’an dernier) puis à insérer 25 piliers de soutènement, ce qui sera le but de la prochaine manœuvre. D’autres travaux d’agrandissement, de réfection et de remplacement sont en cours depuis deux ans. Ainsi, le mythique court N°2 au charme si particulier a-t-il été remplacé par le 18, plus fonctionnel mais assez impersonnel.

Roland-Garros est le dernier tournoi du Grand Chelem à ne pas être encore doté d’un court couvert. Le site de l’Open d’Australie, à Melbourne, en compte trois. Lorsque le nouveau Central sera opérationnel, le toit permettra de jouer par tous temps et sous les projecteurs. Le public parisien découvrira alors les night sessions. Et la double billetterie quotidienne.

(L.Fe)

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