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Rafael Nadal a mis près de cinq heures pour battre Grigor Dimitrov. (Getty)

Tennis

Rafael Nadal rejoint Roger Federer pour une finale vintage

L’Espagnol sort vainqueur d’une furieuse bataille de cinq manches contre le Bulgare Grigor Dimitrov (6-3 5-7 7-6 6-7 6-4). L'Open d’Australie s’achèvera en apothéose dimanche avec la finale dont tout le monde rêvait

Il est une heure du matin et une foule au coude à coude s’écoule joyeusement en bordure de l’indolente Yarra River. Il règne dans l’air de cette nuit d’été austral une odeur d’eucalyptus, un parfum d’euphorie. C’est un fleuve humain qui quitte le stade de tennis, la Rod Laver Arena, en charriant son flot de souvenirs, de gestes, d’images déjà. Ça parle toutes les langues occidentales, l’espagnol bien sûr, et aussi un peu le japonais. Le tennis, idiome du village global. Un mot ressort, un nom plutôt: «Nadal». Un autre l’accompagne: «Federer».

La veille, c’était Australia Day, la fête nationale, et les guirlandes lumineuses qui dansent encore en haut des mâts donnent un air de 14 juillet à cette procession improvisée. Sur Flinders Street, où un type déguisé en lapin géant joue «I just can’t get enough» à la basse, les vieux trams happent la foule qui, par petites grappes, s’en va répandre la bonne nouvelle dans les artères de Melbourne: Rafael Nadal et Roger Federer sont en finale de l’Open d’Australie.

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A l’ère du smartphone, les nouvelles vont plus vite que les tramways électriques. Mais l’on parle ici de deux hommes dont la première finale est plus vieille que l’iPhone. Federer et Nadal se sont construits ensemble, puisqu’au tennis on ne peut jamais jouer qu’avec quelqu’un. Leur rivalité est l’une des plus riches du sport moderne: 34 matchs (23-11 pour Nadal), dont 21 dans des finales (14-7 Nadal), huit en finale de Grand Chelem (6-2 Nadal). Ils ont joué trois fois à Melbourne (3-0 Nadal); la dernière fois, lors de la finale 2009, Federer en avait chialé comme un gamin.

Leur dernière finale commune remonte à 2011, à Paris (toujours gagnée par Nadal). Depuis, les blessures et l’âge les avaient obligés l’un et l’autre à céder la place à Djokovic, Murray, Wawrinka. C’était bien, mais ce n’était plus pareil. Parce qu’avec Federer et Nadal, c’était la parfaite opposition de deux styles, avec le respect mutuel au milieu. Federer l’esthète, mécanique subtile mais fragile; Nadal et ses «vamos» éructants, son bronzage de terrassier, ses TOC à la chaîne, mais aussi son courage, son ardeur inépuisable, son indéfectible foi et son p… de lift de gaucher.

«Une finale particulière pour nous aussi»

Autant de qualités que l’Espagnol a encore démontré dans la nuit de vendredi et qui ont rendu la foule si enthousiaste. Dès le début du match, Nadal a son regard mauvais des bons jours. Il porte sur la manche le sigle de l’académie de tennis qu’il a ouvert en octobre chez lui à Manacor. Pour l’occasion, Roger Federer était venu. L’un se remettait de son opération au poignet, l’autre boitait encore un peu. Ils se sont souri, compris, mutuellement souhaité bonne chance.

On ne sait pas ce que Nadal apprendra à ses académiciens mais il n’est pas certain qu’il saura leur transmettre sa hargne. Face à un très bon Dimitrov, il a couvert le court comme si ses jambes avaient vingt ans, servi comme s’il était attaquant, sauvé des balles de break (trois dans le cinquième set) comme si sa vie en dépendait. Sans pull rose ni poing brandi, sa fiancée Xisca, une amie d’enfance, était là pour la première fois cette année. «Après dix ans, elle a reçu une wild-card» a plaisanté le Catalan, lors de son huitième de finale contre Gaël Monfils.

La victoire acquise, il se laissait tomber à plat ventre sur le central. «Cette finale sera particulière pour moi aussi, je ne peux pas le nier. Roger et moi, on est comme les spectateurs, on se réjouit beaucoup de vivre ce match. Après, nous nous serons sur le terrain donc il faudra se calmer, se reposer, bien se préparer.»

Attaquer, attaquer, attaquer

L’histoire aurait pu être autre. Grigor Dimitrov n’est pas passé loin d’éliminer Nadal et de proposer un affrontement entre «Baby Federer» et «Papy Federer». Tapez le nom du Bulgare sur internet et le moteur de recherche suggérera les noms de Maria Sharapova, Serena Williams, Nicole Scherzinger (avec Roger Federer, cela donne: 2017, âge, femme). Comparé à Edberg ou Sampras, le Bulgare égalait plutôt Gerulaitis, Vilas ou Pecci. Il avait jusqu’ici mis plus de têtes de série N°1 dans son lit que sur son tableau de chasse mais depuis six mois, le bourreau des cœurs s’est mué en bourreau des courts.

S’il a regardé le match jusqu’au bout dans sa chambre d’hôtel, Roger Federer aura noté ce que le jeune Bulgare a presque réussi et que lui, le vieux lion, devra faire encore mieux dimanche. Très bien servir, avancer, abréger les échanges, agresser Nadal, qui n’est plus tout à fait aussi rapide ni aussi puissant qu’avant. Le pourra-t-il?

C’est toute la question et, dans la nuit chaude de Melbourne, chacun se languissait déjà d’être à dimanche pour connaître la réponse.

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