Football

Les raisons, bonnes ou mauvaises, d'une Coupe du monde à 48 équipes

Sans surprise, le Comité exécutif de la FIFA a validé mardi la proposition de son président Gianni Infantino. Le football mondial peut se préparer à faire sa révolution

Réuni mardi à Zurich, le Conseil de la FIFA (ex-Comité exécutif) a voté à l'unanimité en faveur de l'élargissement du format de la Coupe du monde. A partir de l'édition 2026, il n'y aura plus 32 mais 48 pays qualifiés pour la phase finale. Moins d'un an après son élection, Gianni Infantino réussit donc un autre étonnant coup d'éclat en faisant passer un projet qui assoit son pouvoir et prépare sa réélection en 2019.

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Si tous les détails ne sont pas encore connus (notamment la délicate question de la répartition des places par confédérations), les grandes lignes de cette Coupe du monde XXL ont été dévoilées. Le tournoi se déroulera toujours sur 32 jours et dans 12 stades, mais possiblement dans plusieurs pays. Un total de 80 matchs sera joué (contre 64 actuellement). Les 48 équipes seront réparties dans 16 groupes de 3. Les deux premières de chaque groupe seront qualifiées pour les 16e de finale et le début des rencontres à élimination directe. Pour gagner le titre, une équipe devra toujours disputer 7 matchs.

Des motivations financières

A la FIFA plus qu'ailleurs, l'argent est le nerf de la guerre. Selon une note interne communiquée aux associations membres la semaine dernière, le nouveau format de la Coupe du monde devrait permettre de dégager 650 millions de francs de recettes supplémentaires par rapport aux prévisions du Mondial 2018 en Russie à 32 équipes.

Les revenus des droits de télévision progresseraient également de 514 millions de francs et ceux du marketing de 380 millions de francs. Les coûts d'organisation augmenteraient certes, mais dans des proportions raisonnables, surtout s'ils sont partagés entre deux ou trois pays organisateurs. Et imaginez si la Chine et l'Inde pouvaient se joindre à la fête enfin planétaire? 

Un processus historique

Le monde change. Lorsque la FIFA comptait 109 fédérations affiliées en 1990, la Coupe du monde en Italie en rassemblait 24, soit près d'une sur quatre. Depuis, le Bloc de l'Est s'est scindé en de nombreux petits états (15, en plus de la Russie, pour l'ex-URSS; 7 pour l'ex-Yougoslavie), de nouvelles nations ont accédé à l'indépendance et aussitôt considéré leur affiliation à la FIFA comme une reconnaissance. La FIFA reconnaît les Îles Cook, Gibraltar, Tahiti, Macao ou le Kosovo; au total, 211 fédérations. Une Coupe du monde à 48 respecte donc sensiblement la proportion de 1990.

Un nouveau rapport de force

La Coupe du monde est jusqu'ici une affaire entre l'Europe et l'Amérique du sud. Depuis la première édition en Uruguay en 1930, les deux confédérations totalisent 100% des titres, 100% des finalistes, 91% des demi-finalistes, 75% des organisations et (dans le format à 32 équipes) 56% des places en phase finale. Or l'équilibre des forces est en train de basculer.

De nouvelles puissances émergent en Chine, en Australie, aux Etats-Unis. Le financement du football européen est essentiellement asiatique, par le sponsoring de maillots, le naming de stades ou le rachat pur et simple de clubs. Les audiences, aussi, sont de plus en plus mondialisées, même pour les ligues européennes. La justice américaine, à sa manière, a aussi contribué à rebattre les cartes.  

Un calcul électoraliste

Le président de la FIFA est normalement élu pour quatre ans mais Gianni Infantino, qui a de fait repris en février 2016 le mandat que Sepp Blatter avait entamé en mai 2015, devra se soumettre au vote en 2019 déjà. Autant dire que la campagne de réélection bat son plein. Et quoi de mieux que d'offrir à ses chers électeurs la chance historique de participer enfin à la Coupe du monde?

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De 1930 à 2014, seuls 83 pays ont participé au moins une fois à une phase finale. Les autres, ces petites nations du football, composent la majorité du Congrès et ont chacune une voix au même titre que l'Allemagne ou le Brésil. Elles le savent et n'oublient pas non plus que le candidat Infantino leur avait promis en 2016 qu'il distribuerait plus d'argent aux associations membres. De l'argent que la FIFA a besoin de générer.

Et l'intérêt sportif?

Une Coupe du monde à 48 fait-elle sens? Sera-t-elle intéressante avant les 16es de finale? Ne va-t-elle pas rendre les campagnes de qualification encore plus fastidieuses? L'Asie, à qui l'on promet 8 ou 9 places en phase finale a-t-elle autant de pays à présenter au niveau d'un Mondial? Est-il juste que la zone Concacaf (Amérique du nord et Caraïbes) obtiennent autant de places que l'Amérique du sud et ses cinq coupes du monde? Face à toutes ces questions, la FIFA avance l'exemple du récent Euro 2016 à 24 équipes, revivifié par la fraîcheur et l'enthousiasme de nouveaux pays tels que le Pays de Galles et l'Islande.

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C'est oublier que ces deux pays se seraient également qualifiés dans l'ancien format à 16 équipes et qu'ils ont promu un jeu essentiellement défensif. Car si tous les pays voudront participer à la Coupe du monde à 48, ils seront au moins aussi nombreux à vouloir y bien figurer. Or en football, il est toujours plus facile de défendre que de construire et une équipe bien organisée peut résister longtemps à plus forte qu'elle. A moins que la FIFA n'invente d'ici là un nouveau point de règlement. 

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