Avec ses airs d'«E.T.» sur le retour d'âge, Ralph Zloczower ne paie pas de mine. Mais on aurait tort de se fier aux apparences. Avocat de profession, le président central de l'ASF (Association suisse de football) passe, à 69 ans, pour l'un des membres les plus intraitables du barreau bernois. Un homme à qui «on ne la fait pas». Elu au sommet du ballon rond helvétique le 10 février 2001, il a réussi sans esbroufe quelques tours de force: asseoir l'influence des clubs de ligue nationale au sein de l'ASF, par rapport aux «séries inférieures»; mettre en place des structures de formation performantes, au point qu'aujourd'hui, les «moins de 17 ans» sont champions d'Europe, les «moins de 21» parmi le carré d'as continental, tandis que, corollaire, la «Nati» de Köbi Kuhn dispose d'un réservoir foisonnant.

Et puis, Zloczower a conclu une alliance aussi habile que décisive avec l'Autriche, remportant ainsi de haute lutte la course à l'obtention du XIIIe Championnat d'Europe des nations, le fameux Eurofoot 2008. La candidature menée à terme, place, désormais, à la phase d'organisation concrète.

Le Temps: Depuis le 12 décembre, date de l'attribution de l'Euro 2008 par le comité exécutif de l'UEFA (Union européenne de football), qu'avez-vous fait à part la fête?

Ralph Zloczower: J'ai pris de courtes vacances, puis, début janvier, nous avons tenu une réunion informelle avec nos homologues autrichiens, histoire d'échanger des idées sur la façon d'œuvrer en tandem.

– Des divergences à ce sujet?

– Pas la moindre. Tout se déroule harmonieusement. Dans les semaines à venir, nous aurons aussi une séance avec les dirigeants de l'UEFA. Cette dernière n'entend plus se borner au rôle de contrôleur en matière d'Eurofoot. Elle veut instaurer un vrai partenariat et fonctionner en «joint venture» avec le comité d'organisation (CO).

– Ce changement d'attitude provient-il des couacs portugais avant l'Euro 2004?

– C'est une des raisons. L'autre étant que les responsables nationaux dépensent trop d'énergie en repartant tout le temps de zéro, comme si chaque CO prétendait réinventer la roue! L'UEFA désire nous faire profiter de son expérience afin de gommer certains désagréments.

– Le recul aidant, comment analysez-vous le succès austro-suisse?

– Le facteur déterminant tient à notre association avec les Autrichiens. Sans eux, je reste persuadé que nous n'aurions pas gagné, quelle que fût la qualité du dossier.

– Pourquoi?

– Parce que l'Autriche avait déjà présenté deux candidatures, et que notre voisin appartient à l'Union européenne. Cela a beaucoup compté. J'ajouterai que le lobbying de l'Eurofoot est plus facile que celui des Jeux olympiques: nous devions convaincre un exécutif de 14 professionnels, pas un plénum de 115 ou 120 membres disparates.

– Seule, la Suisse ne possède donc aucune chance de décrocher un événement sportif majeur, à cause de son isolement politique?

– Il y a de ça, oui. On oublie aussi trop souvent que nous formons un petit pays. De ce point de vue, les alliances ne peuvent être que bénéfiques.

– Qui conduira le comité suisse? Michel Zen-Ruffinen, l'ancien secrétaire général de la FIFA qui a «porté» le Mondial 2002?

– En l'état actuel, je ne puis vous répondre. Nous devons d'abord établir l'organigramme, le planning, les cahiers des charges, ensuite les postes seront mis au concours. Cette procédure n'interviendra pas avant plusieurs mois, au plus tard d'ici à la fin 2003.

– Hormis les stades, qui n'émargent pas à votre budget, quelle est l'enveloppe financière pour mettre sur pied l'Euro 2008?

– Au total, 180 millions de francs. La répartition entre l'Autriche et la Suisse n'est pas encore établie, mais elle s'approchera du «moitié-moitié».

– Y aura-t-il de nombreuses fêtes autour de l'Euro 2008, à l'instar du Mondial français de 1998?

– Oui, cela fait clairement partie de notre concept. Comment négliger l'aspect culturel, quand on dispose de villes telles que Vienne, Salzbourg, Genève ou Bâle!

– Hooliganisme et menaces terroristes obligent, la sécurité est devenue un thème récurrent, presque une obsession. Pour vous aussi?

– Ce sujet me préoccupe, bien sûr. Même si les deux pays affichent un niveau de sécurité élevé, nous allons mettre le paquet! Tous les moyens modernes – humains, technologiques, informatiques – seront utilisés, sans exception.

– Au risque de provoquer un sentiment de paranoïa?

– Ça, non. L'an dernier, Sud-Coréens et Japonais ont accompli un travail exemplaire et pourtant discret. Nous nous en inspirerons.

– Chapitre transports, quelles mesures prévoyez-vous en vue de véhiculer le million de spectateurs attendus?

– Notre système de trafic, déjà très performant, exclut dès le départ les problèmes insolubles. Il y aura des trains spéciaux, des navettes aériennes supplémentaires, en fonction de ce que l'UEFA nous conseillera.

– S'agissant des quatre stades suisses (Berne, Bâle, Genève, Zurich), les difficultés de trésorerie que connaît celui de Genève vous inquiètent-elles?

– Si un élément devait faire défaut question confort, sécurité ou logistique,

nous aurions encore cinq ans pour y remédier. On parle d'un «trou» de 10 à 20 millions: ce n'est pas la mer à boire! Au besoin, le comité de l'Euro 2008 pourrait entrer en matière quant à un coup de pouce financier. La porte n'est pas fermée.

– Avec l'Euro 2008, la Suisse reçoit une formidable vitrine. En échange, qu'offrira-t-elle au monde?

– Un spectacle sportif exceptionnel, conçu pour les familles et les jeunes, joyeux, festif. Une image ouverte qui s'écartera du fromage, des banques et de Swissair! La recette passe par la mise en avant de cette culture multiethnique qui, au fond, appartient à notre patrimoine.