Une voix, une seule voix en faveur de l'autre camp, et c'est le tirage au sort qui aurait désigné le nouveau président de l'Association suisse de football (ASF)! On pressentait une élection serrée, samedi à Berne, mais pas à ce point. Ralph Zloczower, président de la Ligue nationale (LN), a finalement pris le dessus sur Urs Saladin, président de la Ligue amateur, par 50 voix contre 48 (trois bulletins blancs). A 49-49, on aurait, selon les statuts, lancé une pièce de monnaie…

«Gentlemen agreement»

Même s'il soutenait discrètement le candidat de sa section, Me Marcel Mathier, président de l'ASF depuis 1993, qui a dirigé une séance longue de plus de trois heures, a dû voir d'un mauvais œil ce scénario final. Mieux vaut un candidat choisi démocratiquement qu'un coup du sort.

Dans la salle du Grand Conseil de l'Hôtel de Ville de Berne, le verdict est finalement tombé au deuxième tour, aucun candidat n'ayant obtenu la majorité absolue au premier. Urs Saladin, donné favori à la veille du vote, obtenait 41 voix, suivi de Ralph Zloczower (25 voix), Guido Cornella (20 voix), président de la première Ligue et Jean-François Kurz (14 voix), présenté par le Lausanne-Sports (un bulletin non valable sur les 101). Quelques minutes après ce premier verdict, le tournant: «Je me retire et vous prie de donner mes voix à Zloczower», déclarait Jean-François Kurz. Suivi dans la foulée par Guido Cornella. En fait, les deux candidats mettaient en pratique le «gentlemen agreement» conclu quelques jours avant l'élection: les troisièmes et quatrièmes du premier tour se désisteraient en faveur du deuxième, partant du principe qu'Urs Saladin terminerait en tête.

Pourquoi une telle attitude? Guido Cornella, que le tournus entre sections (règle non écrite) désignait normalement à la présidence (lire nos éditions du 9 février), a voulu faire payer à la Ligue amateur son obstination à se représenter. Quant à Jean-François Kurz, même s'il se voulait un candidat indépendant des trois sections, il est de fait très proche des clubs professionnels. D'autant que son désistement en faveur du candidat officiel de la LN pourrait lui servir dans quelques mois. En mai prochain, il faudra en effet élire un successeur à Ralph Zloczower à la tête de la LN – théoriquement, ce dernier pourrait cumuler les deux fonctions, mais il paraît peu probable qu'il le fasse – et l'ancien président du Lausanne-Sports pourrait briguer cette fonction. «Des présidents de LN m'ont déjà posé cette question. Pour l'instant, il faut que je dorme. Ensuite, je réfléchirai», dit-il. Une période qui lui servira également à digérer la défaite: «Je suis déçu, reconnaît-il. J'étais convaincu de pouvoir obtenir le double de voix.»

Dans le duel final, Urs Saladin, soutenu uniquement par sa section, a de plus été pénalisé par son peu de connaissance des réalités du football moderne, un programme pauvre et une personnalité sans éclat. Son commentaire tient en peu de mots: «Je suis déçu et étonné que toute la première Ligue ait voté de la sorte.» Dans ces conditions, Ralph Zloczower n'a eu plus qu'à cueillir le fruit mûr. L'avocat bernois (68 ans) arrive au sommet de la pyramide après une longue carrière dans les milieux sportifs: notamment la présidence de l'Association suisse de curling (1971-75), celle du BSC Young Boys (1973-80) et celle de la Ligue nationale (depuis 1995).

Programme en cinq axes

Son programme tient en cinq axes: modification des structures de l'ASF (passage de trois à deux sections), formation des jeunes, encouragement du football féminin, candidature commune avec l'Autriche à l'organisation du tour final du championnat d'Europe 2008 et commercialisation coordonnée à tous les niveaux du produit football. «Même si je viens de la Ligue nationale et que je dois évidemment souligner les intérêts du sport d'élite, je vous assure que je serai le président de tous les footballeurs», a-t-il déclaré à peine intronisé. Place désormais aux actes.