Quand les gens rencontrent Ramon Zenhäusern pour la première fois, ils lui demandent s’il fait du basket ou du volley. Personne ne pense se trouver en face d’un skieur alpin, encore moins d’un spécialiste des épreuves techniques qui nécessitent agilité et explosivité. Du haut de ses 2 mètres, le Haut-Valaisan est le plus atypique des slalomeurs. Mais à 25 ans, il commence à savoir mettre son corps hors norme au service de ses performances. Jeudi, il a remporté une médaille d’argent inattendue aux Jeux olympiques de Pyeongchang.

La nuit de jeudi: Trois nouvelles médailles pour la Suisse, qui atteint son objectif

En slalom, il n’y a souvent qu’une place à prendre sur le podium, les deux premières étant réservées aux «extraterrestres» Marcel Hirscher et Henrik Kristoffersen. Mais sur la neige de Yongpyong, l’Autrichien et le Norvégien sont tous les deux partis à la faute. «Elle est là, la surprise du jour, bien plus que dans le résultat de Ramon, assure Daniel Yule (huitième). La piste était taillée pour lui avec un mur pour commencer puis une longue portion plate, où il excelle toujours. A l’entraînement, parfois, je me demande par où il passe pour aller aussi vite quand il n’y a pas de pente.»

Retrouvez tous nos articles sur les JO.

La confiance au maximum

L’entraîneur Matteo Joris pense avoir la clé de l’énigme: «Ramon a de très longues jambes. Au plat, il peut se contenter de les mettre en mouvement presque sans bouger le haut du corps et, ainsi, il garde sa vitesse.» Surtout, l’Italien a eu une idée de génie pour préparer ses techniciens à l’échéance olympique. L’hiver dernier, il les a emmenés sur la piste des Jeux, à l’occasion d’épreuves de seconde zone, pour qu’ils l’apprivoisent, parmi une armée de concurrents coréens qui ne comprenaient pas trop ce que ces Suisses beaucoup plus forts qu’eux étaient venus faire là. «Franchement, c’était particulier de se retrouver ici, rigole Ramon Zenhäusern. Mais maintenant, je me rends compte que c’était utile.»

Depuis ce premier séjour en Corée du Sud, tout le monde lui répète que la piste de Yongpyong est faite pour lui. Il l’a donc attaquée en pleine confiance, le moral encore gonflé par une première victoire surprise en Coupe du monde juste avant les JO. Sa médaille d’argent a la saveur d’une belle revanche: «Personne ne pense qu’il est possible de mesurer 2 mètres et d’être rapide en slalom. Quand j’étais jeune, tout le monde me disait de me mettre aux épreuves de vitesse ou de changer de sport.» Lui n’écoutait pas, sans doute la tête dans les nuages…