Football

Ranieri, Celestini et le choc psychologique

Leicester a viré son entraîneur à succès après quelques mois de crise, le LS maintient le sien après douze matches sans victoire. Deux lectures différentes du mythe qui prétend qu’un changement de coach peut tout arranger

Claudio Ranieri et Fabio Celestini ont plusieurs choses en commun. La première: les performances de leur équipe leur ont valu le titre d’entraîneur de l’année 2016. L’entraîneur italien a été récompensé par la FIFA pour le sacre inattendu de Leicester City en Premier League anglaise; le Vaudois par la Swiss Football League pour la promotion du Lausanne-Sport en Super League et son début de saison de feu. Deuxième point commun: après l’état de grâce, leur équipe a sombré dans une crise de résultats. En fin de semaine dernière, Leicester City était 18e du classement, en position de relégable; le LS reste sur douze matches sans victoire, dont dix défaites.

Entre Ranieri et Celestini, l’analogie n’a plus cours depuis le 23 février. Ce jour-là, les patrons thaïlandais des Foxes licenciaient celui qui les avait menés à un titre inespéré à peine neuf mois auparavant. Trois jours plus tard, Lausanne s’inclinait contre Sion (0-1), mais le président Alain Joseph, au micro de la RTS, réaffirmait sa confiance en son entraîneur: «Nous allons garder notre coach, pas seulement pour la fin de la saison mais parce qu’on veut faire encore deux ans et demi avec lui.»

Le dilemme du dirigeant

Licencier son entraîneur ou le laisser travailler. Reprendre la main ou renouveler sa confiance. Tous les dirigeants sportifs se sont retrouvés face à ce dilemme alors que leur équipe traversait une période difficile. Comme ceux de Leicester City, beaucoup choisissent tôt ou tard de trancher dans le vif. Selon l’Observatoire du football de l’Université de Neuchâtel, la durée médiane du mandat d’un entraîneur de football dans les cinq grands championnats européens n’est que de douze mois. Neuf, même, en Italie. Chaque patron de club a le même espoir: que le bouton du siège éjectable actionne également le «choc psychologique» qui ramènera l’équipe sur les bons rails. Mais le processus tient malheureusement pour eux davantage de la mythologie que de la mécanique.

Dans ce contexte, la Super League suisse – où seul Didier Tholot a perdu son poste au FC Sion cette saison - peut actuellement passer pour un havre de tranquillité… et de bon sens. «Dans la plupart des cas, un changement d’entraîneur ne permet pas aux équipes d’améliorer durablement leurs résultats. Souvent, les licenciements sont le reflet d’un manque de vision stratégique de la part des dirigeants», postule l’Observatoire du football.

De nombreuses études en sciences humaines se sont intéressées au phénomène du changement d’entraîneur en cours de saison. Selon une recension effectuée en 2015 par L’Equipe, quatre d’entre elles trouvaient un effet négatif sur les résultats de l’équipe, deux n’identifiaient aucun effet, une enfin remarquait un effet positif sur les matches à domicile uniquement.

Valse ininterrompue

Une recherche sur sept uniquement pour encourager à virer son entraîneur, et pourtant: chaque semaine ou presque, les têtes tombent. Lundi, c’est Bastia qui relevait François Ciccolini de ses fonctions pour installer Rui Almeida. La valse des entraîneurs ne s’interrompt jamais. Car si de froides études scientifiques défient le mythe du choc psychologique, de belles histoires le renforcent également. A Toulouse, par exemple: au printemps 2015, Dominique Arribagé redressait la courbe des résultats de l’équipe dès son arrivée en remplacement d’Alain Casanova. Une année plus tard, la crise était de retour, c’était à son tour d’être remercié, et Pascal Dupraz devenait un héros en sauvant le «Téfécé» de la relégation en Ligue 2.

A Leicester et Lausanne, l’avenir dira si les équipes parviennent à surmonter leur crise. Il ne dira pas, par contre, ce qui se serait passé si Celestini avait dû quitter son poste ou si Ranieri avait été confirmé au sien. En attendant, ses anciens protégés ont gagné, lundi contre Liverpool, leur premier match après cinq défaites consécutives. «Cette performance est la preuve que les gars avaient envie de réagir, déclarait la star Jamie Vardy à la fin du match. Je ne m’explique pas pourquoi nous n’y sommes pas arrivés régulièrement.» Le choc psychologique, peut-être.

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