Les représentants de la Ligue nationale (LN) ont quitté la salle avec deux heures de retard, les paupières lourdes, les traits tirés, un paquet de cigarettes dans le creux de la main. Les débats, souvent dépourvus d'aménité, ont duré jusque tard dans la soirée, sans véritablement traiter les problèmes fondamentaux.

Pour commencer, Heinz Tännler a rendu son rapport d'enquête sur l'affaire Kohler, du nom de l'ancien président de la Ligue suisse de hockey sur glace (LSHG), reconnu coupable d'avoir perçu des commissions indues pour un montant total de 2,4 millions de francs. «Je n'ai découvert aucun élément nouveau», a avoué l'avocat zougois. En revanche, son rapport dénonce de graves dysfonctionnements dans la gestion quotidienne des affaires.

Dans les grandes lignes, il est mentionné une gestion basée sur le principe d'«une confiance presque aveugle», a commenté Heinz Tännler. Preuve en est cet exemple stupéfiant: chaque contrat conclu avec un partenaire commercial était signé par Werner Kohler, puis, comme le veut le protocole, par Peter Lüthi, le directeur général de la LSHG. Or, Kohler avait pour habitude de ne soumettre que la dernière page du contrat à son adjoint, lequel apposait sa signature sans réfléchir!

Partant de ce constat, le rapport fait état de «structures bonnes dans la théorie, mais plutôt lourdes dans la pratique», et mentionne «des incertitudes au sujet des compétences et des légitimations». Heinz Tännler expose: «Plusieurs personnes cumulent les mandats. Il en résulte des conflits d'intérêts pernicieux. Par ailleurs, j'observe un manque d'expérience à l'échelon de la stratégie. La Ligue manifeste, dans les situations de crise, un manque de résistance excessif.»

Le rapport conserve une certaine mansuétude à l'égard des autorités du hockey suisse. «Nous en sommes à peine au stade de la prise de conscience», déplore un manager. «Je réfute les accusations de copinage», riposte Heinz Tännler. Mais c'est un autre rapport, clandestin et ravageur celui-ci, qui terrasse maintenant la gent dirigeante. L'auteur de ce pamphlet: Roland Paly, ancien chef des finances de la LSHG, suspendu après le premier rapport de l'affaire. Dans un document explosif d'une quarantaine de pages, distribué à quelques journaux alémaniques, le contrôleur éconduit révèle les revenus amples et les usages douteux de ses estimés collègues.

On y découvre que Franz Zölch, président de la LN, aurait facturé des photocopies un franc pièce, ou que le salaire annuel de Peter Lüthi culminerait à 236 000 francs, entre autres allégations jusqu'ici invérifiables. Les accusés ont démenti en bloc, parfois avec véhémence. «Les chiffres sont erronés», a clamé Zölch. Mais la véracité ou non de ces chiffres n'enlève rien, malheureusement, au climat de suspicion qui s'est installé dans le hockey suisse.