Le mouvement olympique est-il à son tour atteint par le syndrome Million Dollar Baby? «Certes, non!» répond, amusé, Christophe Dubi, directeur des sports au CIO. «La boxe féminine est devenue un sport très populaire, voire universel, que l’on ne peut plus écarter du programme des Jeux.» Dont acte: trois catégories sur les cinq existantes – soit les poids mouches (48-51 kg), légers (56-60 kg) et moyens (69-75 kg) – seront introduites dès les JO de l’été 2012 à Londres, avec douze combattantes dans chacune d’entre elles. En contrepartie, on enlèvera autant de catégories chez les messieurs.

Prise par la seule commission exécutive du CIO, puisque l’on n’a pas affaire à un nouveau sport olympique, cette décision est passée presque inaperçue, dans l’ombre de l’élection de Rio 2016 couplée à l’entrée du golf et du rugby à VII votée par la session plénière les 2 et 9 octobre à Copenhague.

Coïncidence politiquement correcte, le noble art restait l’unique discipline des Jeux privée de représentantes du sexe «faible». «C’est une façon de rendre hommage aux boxeuses, lesquelles nous demandent depuis des années, via l’AIBA [Association internationale de boxe amateur], de pouvoir intégrer le programme des JO», poursuit Christophe Dubi, qui se défend de montrer le mauvais exemple: «A l’instar des hommes, elles porteront un casque protecteur. Des études médicales californienne et allemande en notre possession soulignent qu’elles ne courent aucun risque majeur, y compris les pugilistes en début de grossesse.»

«Je pense, moi, que la boxe aurait dû être supprimée du programme des Jeux olympiques. Un sport qui consiste à détruire l’adversaire n’en est pas un. Casquées ou non, protégées au niveau de la poitrine ou non [il est interdit de taper à cet endroit], l’ouvrir aux femmes constitue une erreur. La boxe est une discipline dangereuse, qui provoque à la longue une atrophie du cerveau, de sa matière grise, des commotions à l’origine de maladies dégénératives du style Alzheimer ou Parkinson. Toutes les études scientifiques l’ont prouvé. L’entrée de la boxe féminine aux JO participe de la promotion d’un sport qui poussera les amateures à franchir le pas du professionnalisme, où l’on prend nettement moins de précautions.» Ainsi parle le Dr Gérald Gremion, médecin du sport au CHUV, directeur du Swiss Olympic Medical Center.

Sur un plan purement technique, Bertrand Duboux, ancien journaliste à la TSR et toujours passionné de noble art, abonde dans son sens. «Cette décision du CIO, c’est n’importe quoi! La boxe est tellement dure qu’on devrait l’interdire aux femmes. Au lieu de ça, on les inscrit au planning olympique pour faire grimper l’audimat. De plus, ce sport requiert une grande technicité, de beaux gestes. Or, la plupart des matches féminins ressemblent à des combats de rue où les protagonistes se pètent le nez, l’arcade sourcilière… Non, franchement, je préfère les femmes qui font de la danse.»

Vice-président de la Fédération suisse de boxe et patron du Boxing-Club Martigny, Domenico Savoye se veut plus mesuré: «J’étais sceptique voici quelques années, puis j’ai constaté que de plus en plus de femmes s’inscrivaient dans les salles et se mettaient à la compétition. Dès lors, mon avis est devenu favorable, basé sur le sentiment que ces boxeuses atteignent désormais un bon niveau technique. Pour les meilleures d’entre elles, les JO représentent un aboutissement logique à pareille évolution. Cette consécration va, bien sûr, provoquer un engouement dans les clubs, amener des sportives qui découvriront cette discipline en tant qu’école de vie, pratiquée avec une protection aiguë de leur santé physique. Chez les amateures, une machine compte les touches comme à l’escrime – cela quelle que soit la puissance des coups – et arrête le match si une combattante en reçoit trop. Je suis, pour ma part, un défenseur de la boxe féminine amateure plutôt que professionnelle, pour, justement, préserver l’intégrité des pugilistes.»

Les boxeuses étant court vêtues, en haut comme en bas, certains vont jusqu’à dire que leur présence aux Jeux servira à créer un boom télévisuel, histoire de se rincer l’œil… «Mais non!» rigole Christophe Dubi. «Il n’y a aucun doute sur la poussée d’adrénaline médiatique engendrée par des femmes sur un ring. Se rincer l’œil? Allons donc. Ce sont certes de superbes athlètes, chez qui le public admirera surtout les capacités techniques et physiques.»

Le public, oui mais amputé de celui de Cuba. La grande île des Caraïbes, vivier séculaire de la boxe amateur, n’enverra aucune pugiliste à Londres 2012, le président de la Fédération nationale des sports, José Barrientos, ayant jugé «inappropriée» cette discipline pour les femmes. Et d’affirmer: «Les Cubaines sont faites pour la beauté, et non pour recevoir des coups au visage.» Misogynie primaire ou voix de la raison?

«Une machine compte les touches, commeà l’escrime, cela quelle que soit la puissance des coups»