«Le crépuscule des dieux», titrait hier le quotidien sportif Marca. «Ex-Galactiques», renchérissait le journal As. Hier, dans la capitale espagnole, au lendemain de la triste élimination par la Juventus du «meilleur club du XXe siècle» (selon la FIFA), il y avait une ambiance de «fin de cycle». Au retour de Turin, les journaux télévisés montraient les «stars» du Real Madrid déambuler dans l'aéroport de Barajas dans un silence de mort, interrompu parfois par les insultes des rares supporters qui s'étaient déplacés. Sur la chaîne publique TVE, le présentateur, d'ordinaire mesuré, s'est lâché: «En soi, il n'y a rien de honteux à perdre contre la Juventus. Ce qui a fait peine à voir, c'est cette pathétique équipe de Galactiques vétérans, sans âme, sans envie de jouer. C'était comme une agonie.» Une «mort lente» à laquelle a assisté une bonne partie du pays: mercredi, le match a été suivi par 8 millions de téléspectateurs espagnols. Le record a été battu lors des prolongations, avec 3 millions de gens supplémentaires (53% de parts de marché). Raul, abattu au terme du match, fixait ses chaussures: «Je ne comprends pas ce qui nous est arrivé. Il ne nous reste plus que la Liga (ndlr: le FC Barcelone possède huit points d'avance).

L'ennui, pour le Real, c'est que beaucoup commencent à comprendre, eux, ce qui se passe dans ce club au brillant palmarès, détenteur de neufs titres de champion d'Europe: l'effet d'une longue décadence. Avec l'arrivée à la présidence du mégalomane Florentino Perez, on avait cru que ses recrues millionnaires (Figo, Zidane, Ronaldo, Beckham, Owen) avaient fait de ce club un rival insurmontable. Il y eut des feux d'artifice (deux Ligues des champions, en 2000 et 2002, deux Liga, en 2001 et 2003). Mais, depuis, on assiste à une équipe de pétards mouillés: des stars vieillissantes, un système de jeu trop mécanique, des carences défensives. Certes, sous la pression, Florentino Perez a changé d'entraîneurs – quatre en deux saisons –, a fait venir un défenseur (Samuel) et un milieu batailleur (Gravesen).

«Mais ce ne sont que des solutions de façade», écrit El Pais. «Le problème est plus profond. Il tient à la culture de la star intouchable.» Jusqu'ici, ce culte voué à certains joueurs a donné de très bons résultats commerciaux. Mais sur le terrain, les bénéfices se font de plus en plus douteux. «Au Real, éditorialise Marca, aucun entraîneur n'ose remplacer les stars consacrées, telles que Raul, Figo ou Zidane, même s'ils s'essoufflent. Quant à Beckham, c'est une caricature: il vend plus de maillots que quiconque, mais sur le terrain, il n'apporte rien.» Et beaucoup d'aficionados de regretter la non-titularisation de Guti ou Solari, joueurs en forme mais pas «galactiques». Arrigo Sacchi et Wanderlei Luxemburgo, respectivement nommés directeur sportif et entraîneur fin 2004, savent qu'ils n'ont pas une grande responsabilité dans ce déclin. Ils risquent toutefois d'en payer vite le prix.