«Tenter de s'approcher le plus possible du football parfait.» Tel est le leitmotiv brandi par Köbi Kuhn depuis plusieurs années. La réalité du terrain ne s'est pas montrée très encourageante ces derniers mois pour le sélectionneur helvétique mais aujourd'hui, seul compte l'avenir. Dans la foulée du Suisse-Liechtenstein de ce soir à Saint-Gall (20h30/TSR2), ultime galop avant le match d'ouverture de l'Euro face aux Tchèques, le Zurichois aura encore une semaine à disposition afin de mener à bien sa mission: extraire d'un groupe de vingt-trois joueurs le «onze» idéal. Miser sur les individualités les plus performantes tout en bâtissant un ensemble cohérent, atteindre l'équilibre parfait en fonction des qualités et défauts du contingent, bref, trouver la formule gagnante en vue du 7 juin.

Vu l'effectif en présence et sur la base des événements passés, la formation appelée à endosser les espoirs de la nation devrait ressembler de près à celle indiquée ci-dessous (voir infographie). Ligne par ligne, état des troupes.

■ Le gardien

Désigné titulaire au mois de février, Diego Benaglio fait l'unanimité. Auteur d'un excellent second tour en Bundesliga, le gardien de Wolfsburg est clairement le meilleur à son poste. Seuls un pépin physique ou une défaillance complète lors du match d'ouverture pourraient permettre à Pascal Zuberbühler - numéro 2 dans la hiérarchie - de goûter à nouveau aux joies du terrain. Appelé à la rescousse suite au forfait de Fabio Coltorti, Eldin Jakupovic se contentera de faire le nombre.

■ La défense

Pour autant que son genou droit tienne le choc, Patrick Müller se glissera dans le costume de patron des bases arrières. Pour l'épauler dans l'axe, Philippe Senderos, un autre Genevois. Malgré une fin de saison difficile dans les rangs d'Arsenal, la tour de contrôle est assurée d'une place de titulaire. Expérience, vision du jeu et art de la relance nette d'un côté, puissance physique et enthousiasme dans les duels de l'autre: le duo a de belles heures derrière lui. Stéphane Grichting et Johan Djourou, qui peut également rendre service en tant que latéral droit ou dans l'entrejeu, se tiennent prêts en cas de besoin.

Côté gauche, Ludovic Magnin est incontournable. Principal animateur de la vie du groupe, le Vaudois de Stuttgart fait aussi partie des cadres sur le terrain - 49 sélections. Sa propension à déborder et à porter le danger devant le gardien adverse par ses centres et ses coups francs est précieuse, même si elle peut parfois déboucher sur un effet boomerang. Christoph Spycher, sobre mais efficace, fait figure d'indéboulonnable remplaçant à ce poste.

Sur le flanc droit, il suffirait d'aligner Philipp Degen afin de reconstituer au complet la défense qui n'avait pas encaissé le moindre but lors du Mondial 2006. Seulement voilà, l'ex-joueur du Borussia Dortmund - il vient de signer à Liverpool -, blessé plus souvent qu'à son tour cette saison, a laissé champ libre à Stephan Lichtsteiner, l'une des grandes révélations de Ligue 1 avec Lille. Un peu moins chien fou que son concurrent, le Zurichois n'en est pas moins percutant dans son couloir. Et son sens du replacement apparaît supérieur.

■ Le milieu de terrain

C'est le secteur de jeu qui a connu le plus de bouleversements depuis la Coupe du monde. Johann Vogel, capitaine évincé, Raphael Wicky, en préretraite aux Etats-Unis, et Ricardo Cabanas, repêché in extremis par Kuhn après une longue éclipse, ne font plus partie des premiers choix. Dans l'axe, la titularisation de Gökhan Inler et Gelson Fernandes ne devrait pas être remise en question. Certes peu expérimenté au niveau international, le duo gagne en consistance au fil des matches. Cabanas et Benjamin Huggel peuvent prendre un relais si besoin.

Côté gauche se niche la star de l'équipe: Tranquillo Barnetta. Sans doute privé d'amuse-bouche ce soir lors de l'inauguration de l'AFG Arena - il doit ménager sa cheville abîmée -, le Saint-Gallois foulera à coup sûr la pelouse du Parc Saint-Jacques le 7 juin. Avec la lourde responsabilité de semer un grain de folie dans la partition suisse. Dans l'ombre du feu follet, Daniel Gygax erre à sa façon

Sur la droite, on verrait d'un bon œil l'affirmation définitive de Valon Behrami. Beaucoup utilisé à la Lazio depuis trois saisons, acquis par Séville pour 10 millions d'euros, le Tessinois d'origine kosovare n'a toujours pas donné sa pleine mesure en équipe nationale. Sa remarquable prestation samedi dernier face à la Slovaquie, agrémentée d'un but et d'une passe décisive, laisse penser que c'est pour bientôt. En cas de nouvelle déconvenue, Johan Vonlanthen constituera l'alternative première.

■ L'attaque

Alliée à la volonté du sélectionneur de ne pas prendre trop de risques offensifs, la faiblesse quantitative de la Suisse dans ce secteur de jeu rend les choses assez claires: qui aligner d'autre qu'Alexander Frei et Marco Streller? Le premier, qui ne pointe plus qu'à une unité du record de Kubilay Türkyilmaz - 34 buts avec la Nati -, pourrait évoluer légèrement décroché par rapport au second, comme contre la Slovaquie. Le jeune Eren Derdiyok, 3 sélections et 1 but splendide à Wembley en février, n'a pas encore les épaules assez larges pour tenir un autre rôle que celui de joker. En cas d'urgence absolue, Gygax et Vonlanthen sont susceptibles de monter d'un cran sur le terrain.