Récit d’un lundi pas comme les autres

Tennis Pour la première fois de l’histoire, la Suisse avait quatre représentants en 8es de finale d’un Grand Chelem

Et, tradition de Wimbledon oblige, ils jouaient tous le même jour

Abords du stade, 10 h00

Les courageux sont là. Flegmatiques, ils patientent dans l’espoir d’obtenir un des précieux sésames mis en vente le jour même. Des billets qui valent lourd en ce lundi toujours un peu fou qui réunit les 8es de finale hommes et femmes sur une même journée. Un fait unique en Grand Chelem. Une conséquence de l’attachement indéfectible que vouent les Anglais à leurs traditions. A Wimbledon, le «closed Sunday» est sacré. On ne joue pas le dimanche de la première semaine. Et la seconde démarre toujours sur les chapeaux de roue avec ce lundi extraordinaire où les amateurs de tennis ne savent plus où donner de la tête. Un lundi de tous les huitièmes où vont se côtoyer certitudes et désillusions. «Avoir une journée avec autant de grands matchs, ça doit être agréable à voir», note Stan Wawrinka.

10h30, courts d’entraînement Aorangi

Timea Bacsinszky est logiquement la première des quatre représentants helvétiques à fouler les courts d’entraînements d’Aorangi pour taper la balle 30 minutes. C’est elle qui aura l’honneur tout à l’heure d’ouvrir cette marche suisse vers les quarts de finale. «J’étais anxieuse avant ce match contre une adversaire que je n’avais pas affrontée depuis longtemps et contre laquelle je n’avais pas de bonnes stats», confiera la Vaudoise. Plus tard, au players’lounge, son équipe essaie de la détendre avec des «petits gags» ou des «devinettes». Mais c’est finalement pendant le match lui-même qu’elle parviendra à se «tranquilliser».

Court 18, 13h30

Loin de la canicule qui étouffe l’Europe continentale depuis plusieurs jours, c’est un temps légèrement couvert et accompagné d’une légère brise qui escorte Timea Bacsinszky et son adversaire Monica Niculescu à leur entrée sur le fameux court 18 rendu à jamais célèbre par le marathon tennistique signé Mahut-Isner en 2011. L’entame de match est compliquée pour la Vaudoise dont la nervosité est palpable. Elle se retrouve très vite menée 2-0 et perd le premier set.

Court numéro 12, 14h44

Belinda Bencic fait son entrée sur le court numéro 12 qui affiche complet. La jeune Helvète a droit aux applaudissements appuyés d’un public anglais qui se révélera acquis à sa cause. Il doit sentir que la protégée de Mélanie Molitor et Martina Hingis ne va pas forcément peser lourd face à Victoria Azarenka, 24e joueuse mondiale, deux titres en Grand Chelems à son palmarès.

Restaurant des joueurs 15h

Alors que Wawrinka s’apprête à entrer dans l’arène du court numéro 1 et patiente dans les vestiaires, Roger Federer, veste en cuir, converse à une table du restaurant des joueurs avec Stefan Edberg, Severin Lüthi et son agent Tony Godsick. Comme à son habitude, le Bâlois, souriant et décontracté, plaisante avec son équipe. Lüthi, lui, a les yeux rivés sur les écrans pour suivre les parties en cours et de toute évidence, le match à venir de «Stan The Man».

Court numéro 1, 15 h 13

Stan Wawrinka remporte le premier jeu de son duel contre le jeune et talentueux belge David Goffin. Dans son box, Magnus Norman, son coach, Lawrence Frankopan, son agent, Stéphane Falchi, son physio, mais aussi Bastian Baker et son manager Raphael Nanchen. En enregistrement de son nouvel album à Londres, le chanteur, grand amateur de tennis, s’est offert une petite virée à Wimbledon pour venir encourager son pote Stan.

Plus lourd qu’en première semaine, le Vaudois bouge moins bien, aligne quelques double fautes et boise pas mal. Mais pas de quoi s’inquiéter. Là où «l’ancien» Stan aurait péché par un mental susceptible de suivre la même tendance lasse que ses jambes, le vainqueur de Roland Garros ne bronche pas. Il a foi en son tennis. Et ça se voit. Notamment dans le tie-break du premier set où il montre que c’est bien lui le patron.

Court numéro 18, 15 h 47

Timea a retourné le match en sa faveur et s’impose en trois sets (1-6, 7-5, 6-2). Très émue, la Vaudoise est au bord des larmes. Elle quitte le court sous les acclamations chaleureuses d’un public conquis par ce match qui à lui tout seul résume l’histoire de Timea Bacsinszky. Cinq minutes plus tard, à l’autre bout du stade, sur le court numéro 12, Victoria Azarenka donne raison à la hiérarchie et s’impose en 1h08 sur le score de 6-2, 6-3. Le miracle n’a pas eu lieu mais Belinda Bencic quitte le gazon avec un jeu et un moral qui ont tous les deux retrouvé de belles couleurs.

Salle d’interviewnuméro 2, 16 h 40

Timea Bacsinzky fait ses confidences à la presse. D’abord aux Anglais avides de connaître son histoire. Elle répond avec cette maturité et cette lucidité qui accompagne sa renaissance tennistique depuis plus d’un an. Puis aux journalistes suisses: «Je me suis vraiment tranquillisée en cours de match. Gagner trois jeux dans le 2e set était déjà une petite victoire pour moi après le premier set. Je me suis dit «Ok, je vais essayer de gagner un set. La clé? Je crois que j’étais plus tranquille qu’elle dans les moments décisifs. Je ne jouais pas l’événement, une qualification pour les quarts, mais juste un match. J’étais patiente, surtout. Hier soir, je vous avoue que je tirais un peu la tête à l’idée de l’affronter mais mon équipe a su me détendre. Sans eux, je n’aurais pas gagné. C’est pour ça que j’ai pointé le doigt vers eux après la balle de match».

Elle se lève et laisse la place à Belinda Bencic, joueuse d’encore peu de mots. «Malgré la défaite, ce match est positif dans la mesure où je sais que face une telle joueuse j’ai encore une marge de progression dans tous les compartiments du jeu et que je pourrai la battre un jour. Je suis satisfaite de ma saison sur gazon et me réjouis d’aborder la tournée américaine.» Après quelques jours de vacances.

Court 1, 17 h 32

Stan Wawirnka sert pour le match. S’agace d’une bête faute directe à 30-0. Encouragé par Magnus Norman. A 18h34, il met un point final à un duel de 2h24 contre le petit Belge. Un efficace coup droit décroisé le propulse en quarts de finale de Wimbledon pour la deuxième année consécutive. La joie est une fois de plus contenue mais néanmoins profonde. «Stan TheMan» est soulagé. Il sait qu’il était moins en verve que la première semaine.

Coulisses du court 1, 17 h 38

Dans le couloir qui le ramène aux vestiaires, Stan Wawrinka répond à chaud à Wimbledon TV. «Je suis très happy d’avoir gagné en 3 sets. Tough match. Je ne bougeais pas très bien aujourd’hui. Beaucoup de bois. Confiance. Mon jeu est là. C’est un super résultat pour moi. Je vais me reposer et me préparer pour le prochain match.»

Vestiaire, 17 h 45

Quelque part dans les coulisses du court central, Roger Federer se concentre à l’écart. Alors qu’Andy Murray écarte la menace Karlovic en renvoyant la machine à aces chez elle en quatre sets est, le Bâlois se concentre dans les vestiaires. Le Maître se prépare à entrer sur le court.

Terrasse des joueurs, 18 h

Timea Bascinszky, en a visiblement terminé avec les obligations médiatiques du jour. Elle traverse furtivement la terrasse des joueurs et s’engouffre dans les coulisses du court central. A l’heure où Federer écrit les premières notes de sa partition du jour, la Vaudoise va pouvoir aller se ressourcer dans sa maison de Wimbledon Village et se préparer au prochain match. Mardi déjà. Opposée à Garbine Muguruza, elle apprend qu’elle est programmée à 13h sur le court numéro 1.

Salle d’interview principale, 18 h 30

Stan Wawrinka se présente à la presse. Une journaliste étrangère lui demande d’évoquer l’absence de relève du tennis suisse masculin. Il botte habilement en touche avant de répondre aux questions en français. Pour confirmer ce qui se ressentait sur le terrain. «C’était difficile aujourd’hui. Je ne bougeai pas bien, j’étais hésitant et je faisais pas mal de fautes mais mentalement, je suis resté très fort et ça c’est très positif. Je suis très en confiance. La base de mon jeu est là. J’ai gagné en trois sets face à un joueur difficile. Je suis très satisfait même si ça ne me garantit rien pour la suite.» Mercredi, face à Richard Gasquet.

Court central, 19 h

Roberto Bautista enlève sa chaussure. A 3-2, 15-30 pour Roger Federer, l’Espagnol demande le «medical time out», la cheville droite en souffrance. Pas de quoi freiner Roger. Décidé à ne pas se mettre de nuit, le Bâlois sert pour la deuxième manche qu’il empoche 6-2. Mené deux sets à rien, son adversaire en profite pour se faire poser un bandage.

Court central, 19 h 34

Roger Federer vient de clore sa partition du jour sur une belle note et quitte le court central sous une standing ovation. Le numéro deux mondial s’est qualifié aisément pour les quarts de finale en battant Roberto Bautista Gut en trois petits sets (6-2, 6-3, 6-2). La prestation du Bâlois permet de tirer le rideau sur cette journée réussie pour la Suisse qui a décidément la main verte cette année avec trois atouts de charme en quarts de finale.