Ce jeudi 6 décembre à 16 heures (heure locale), les équipes de rugby des deux plus prestigieuses universités d'Angleterre vont s'affronter à Twickenham à l'occasion du 126e Varsity Match. Chaque année depuis 1872 (sauf pendant les deux guerres mondiales), les hommes d'Oxford et de Cambridge ont défendu leurs couleurs dans ce qui fut autrefois une des rencontres phares du calendrier rugbystique.

Ainsi, il y a douze ans, la rencontre avait attiré presque 70 000 spectateurs, et plus d'un million de téléspectateurs avaient suivi le match sur la BBC. Mais, depuis l'arrivée du professionnalisme, ce qui constituait une rencontre charmante, dans la plus grande tradition, entre gentlemen amateurs est d'abord devenu atypique, et puis de plus en plus hors de propos. Ayant du mal à trouver sa place parmi les matches de cette nouvelle ère de professionnalisme, le «Varsity» n'a attiré que 40 000 spectateurs en 2006.

Obligés de s'adapter pour éviter de tomber dans l'oubli général, les deux clubs universitaires cherchent activement à recruter des joueurs de haut niveau afin de pouvoir offrir un spectacle de qualité. Amateurisme oblige, ils doivent présenter d'autres arguments que l'argent pour attirer les meilleurs candidats.

«Nous proposons des bourses qui aident à défrayer les coûts de scolarité. Mais les exigences académiques sont très fortes: une grande partie de mon boulot est de trouver de bons joueurs avec un cursus scolaire suffisamment impressionnant pour qu'ils puissent prétendre à être admis», explique Steve Hill, directeur du rugby à Oxford. Angus Innes, un Australien qui fut capitaine de l'équipe de Cambridge en 1999 après une carrière professionnelle dans son Queensland natal, défend cette politique: «Il y a beaucoup de bons joueurs qui aimeraient y aller mais qui ratent le coche au niveau académique. C'est plutôt une bonne chose, car il ne faut pas dilapider le prestige de ces universités en laissant rentrer n'importe qui sous prétexte qu'il sait jouer au rugby.»

Reconversion vers la City

En même temps, la rivalité historique encourage une course à l'armement, et l'argument du diplôme estampillé «Oxbridge» fait mouche. Pour les joueurs professionnels en fin de carrière, un ou deux ans d'études, même avec un manque à gagner considérable, peuvent rapporter gros s'ils sont alliés à une reconversion astucieuse vers la City et ses salaires alléchants.

Ainsi l'Australien Ed Carter, passé par l'USAP en 2003 avant de jouer pour Cambridge en 2004 et 2005, travaille aujourd'hui chez Barclays Capital, un des poids lourds de la City. John Blaikie, un Néo-Zélandais qui foulait le gazon de Grenoble jusqu'en 2005 avant de reprendre ses études, va bientôt intégrer Lehman Brothers, la banque d'investissement américaine qui sponsorise le Varsity Match depuis 2006. Joe Roff, champion du monde en 1999 avec l'Australie et champion de France en 2002 avec le Biarritz Olympique, est aujourd'hui capitaine d'Oxford et en dernière année d'études.