(Londres) C’était samedi soir. A peine remis de la surprise suscitée par la quatrième place d’un Michael Phelps surclassé par son compatriote Ryan Lochte, le centre aquatique de Londres 2012 avait eu vécu une deuxième déflagration avec la performance au 400 m 4 nages féminin de Ye Schiwen. Du haut de ses 16 ans, la jeune chinoise a explosé le record de l’épreuve, le portant à 4’28’’ 43 ’’’.

L’adolescente a à peine eu le temps de croquer son or qu’elle se voyait prise dans les remous de la suspicion. Celle générée par un exploit chronologique auquel peu croient et renforcée par une nouvelle prestation époustouflante lundi soir en demi-finale du 200 m 4 nages (2’8’’39’’’). Avec ses chronos venus de nulle part, la Chinoise soulève la première controverse de dopage de ces Jeux de Londres. Et mardi matin, l’affaire faisait la une de la plupart des quotidiens anglais du Guardian au Daily Mail en passant par The Times.

C’est l’Américain John Leonard, directeur exécutif de l’association des coachs de natation qui affirmé que la performance de cette athlète de 16 ans était «douteuse» et que cela réveillait les affreux souvenirs de la course de la nageuse irlandaise Michelle Smith à Atlanta dans cette même épreuve. Smith, qui porte désormais le nom de De Bruin, avait été suspendue pendant quatre ans pour violation des règles anti-dopage.

C’est surtout son chrono, record, sur le dernier 100 m en nage libre qui éveille les soupçons. Un temps qui, décomposé, fait d’elle une nageuse plus rapide sur les 50 derniers mètre de ce 400 m 4 nages que son homologue masculin, Ryan Lochte, champion olympique de la même épreuve. Trop «incroyable» pour être vrai aux yeux du coach américain. «Ye apparaît comme une «Superwoman». Or à chaque fois que quelqu’un est apparu un comme «Superman» ou une «Superwoman», il s’est avéré par la suite qu’ils étaient dopés, a ajouté Leonard. Mais nous nous devons être prudents avant de parler de dopage dans le cas présent.»

Ye Shiwen clame son innocence. «Mes résultats sont le fruit du travail et de l’entraînement. Notre équipe a de bonnes méthodes scientifiques d’entraînement» Arne Ljungqvist, président de la commission médicale du CIO, refuse de condamner la jeune Chinoise sans preuve et n’a pas hésité à lancer un tacle à Leonard: «Je n’ai aucune raison, tant que je n’ai pas d’autre éléments, de ne pas applaudir ce qu’elle a réalisé. Soupçonner quelqu’un juste parce qu’il réalise une performance extraordinaire est triste pour le sport olympique.»

Mais les scientifiques, eux, s’interrogent aussi. Le Dr. Ross Tucker, spécialiste en matière de dopage à l’institut des sports et des sciences d’Afrique du Sud a confié à The Independent que de telle suspicions étaient inévitables: «Le fait que Ye Shiwen puisse faire mieux que Lochte sur les 100 derniers mètres signifient que les 300 premiers lui ont demandé peu d’énergie. Or si c’est vrai, cela veut dire que sa performance globale sur ce 400 m 4 nages est pour elle une contre performance.» Il ajoute, toujours dans les colonnes du quotidien britannique: «Les allégations de dopage faites dans les années 90’s concernant la Chine ont été confirmées par des sources officielles révélant que le dopage dans la natation chinoise était quelque chose de largement répandu et institutionnalisé. Est-ce que quiconque connaissant l’attitude et l’éthique de la Chine à l’égard du sport olympique peut croire qu’ils ne cherchent pas à doper délibérément leurs jeunes athlètes pour qu’ils ramènent des médailles? Cela dit, même si nous devons nous méfier, nous ne pouvons pas condamner une personne individuellement en nous basant uniquement sur sa performance.» Affaire à suivre