La politique commerciale des équipementiers ne semble plus avoir de limites. Chaque designer rivalise d'audace pour attirer l'œil du grand public et l'objectif des caméras. Au début du tournoi Reebok a frappé un grand coup avec Venus Williams: l'Américaine porte la tenue la plus provocante que l'on n'ait jamais vue sur un court de tennis: un body moulant bleu et noir, avec une ouverture longitudinale sur le haut de la poitrine.

Adapté ou non à la pratique du tennis, le body de la championne olympique fit son effet. Et les responsables du marketing de Reebok de se frotter les mains: ils venaient de réussir le premier point gagnant de l'Open d'Australie. Mardi matin, Venus et sa tenue faisaient le tour de la planète.

Reebok joue gros en Australie. La firme, dont les ventes ont chuté de 20% de 1997 à 1999 et qui se situe en troisième position derrière Nike et Adidas sur le vaste marché de l'équipement sportif, a un compte à régler ici. Avant les JO de Sydney, Reebok, qui était le fournisseur officiel d'habits pour les milliers de volontaires, avait eu un différend avec le comité d'organisation et s'était retiré en pensant se «refaire sur le tartan» avec sa star Mary-Jo Perec. Vous connaissez la suite. La Francaise est rentrée chez elle sans courir et c'est l'Australienne Cathy Freeman, qui devenait en moins de 50 secondes une star mondiale pour le plus grand bonheur de… Nike.

Avide de revanche et voulant reconquérir les antipodes, Reebok a sorti les grands moyens. En novembre dernier, il engageait Venus Williams pour cinq ans et offrait à l'Américaine le plus gros contrat jamais signé par une sportive: 70 millions de francs suisses!

Pour rentabiliser cette phénoménale mise de départ, la firme américaine n'a pas pris de risque. Elle a joué bas de gamme en utilisant l'opulente poitrine de la championne olympique. A quand les Lycras transparents pour vêtir les joueuses de tennis? se demandait-on à Melbourne.

L'intéressée, qui ne manque pas une occasion de rappeler sa passion pour la mode, n'a pas été déstabilisée une seconde par les questions pourtant embarrassantes sur sa tenue. «J'aime ce design, œuvre du couturier Gianni Versace. Je me sens à l'aise et lorsque je me regarde dans le miroir des vestiaires, je me trouve magnifique.»

Venus Williams n'est pas stupide. Elle sait très bien que sa tenue provocante n'est pas faite pour le tennis. «Mais elle est l'otage de la guerre sans merci que se livrent aujourd'hui les firmes. Je me demande s'il ne faudra pas établir des règlements pour éviter les excès», nous dira une responsable de la WTA (association des joueuses professionnelles de tennis), qui tient à garder l'anonymat.

Venus Williams, symbole d'un marketing sans morale? Peut-être. Depuis quelques jours et la victoire de l'Américaine sur Amélie Mauresmo, la question a perdu de son intérêt. Aujourd'hui les médias s'interrogent sur la capacité de la numéro 3 à gagner son troisième titre du Grand Chelem consécutif après Wimbledon et l'US Open.

Avec Pat Rafter, l'homme le plus sexy d'Australie selon les magazines féminins et Venus Williams, Reebok forme une écurie performante pour remporter le grand prix de la médiatisation. Mais Adidas est bien placé. Avec Anna Kournikova (éliminée ce mardi par Lindsay Davenport), le top model du tennis transformé en poussin jaune orange, et avec Martina Hingis, très féminine dans son Lycra blanc dont l'originalité (une manche longue, une manche courte) fait merveille, Adidas joue la carte de la provocation douce, avec goût et mesure.

Quant à l'équipe Nike, très impliquée dans le tennis avec un investissement estimé à 300 millions de francs suisses, elle a retrouvé le sourire. Certes, le jeune Australien Lleyton Hewitt (20 ans) – acquis en début d'année pour 27 millions de francs suisses pour cinq ans – n'a pas répondu aux espoirs placés en lui. Et l'Américain Pete Sampras a montré qu'il était essoufflé. Mais le toujours fringant Andre Agassi est dans une forme éblouissante. Il a balayé mardi son compatriote Todd Martin. On ne voit pas qui pourrait empêcher le kid de Las Vegas de se succéder à lui-même. Attention toutefois. Vendredi, la demi-finale dont toute l'Australie parle mettra aux prises Andre Agassi à Pat Rafter. Encore un match opposant Nike à Reebok…

* Envoyé spécial de la TSR.