Noël est encore loin, très loin; mais il règne déjà comme une odeur de sapin sur le stade de la Maladière. L’assemblée générale extraordinaire de Neuchâtel Xamax, tenue hier soir dans la tristesse et l’indignation, a entériné l’accession à la présidence de Bulat Chagaev – Islam Satujev est quant à lui vice-président, les deux hommes constituant désormais le conseil d’administration dans son entier.

Cette double «élection», ainsi que l’indispensable modification des statuts qui a précédé – l’ancienne formule exigeait que les membres du directoire soient de nationalité suisse –, s’est déroulée dans un climat houleux, voire hautement protestataire. Mais que pouvaient les actionnaires lambda face au paquet de 205 000 actions – 295 065 étaient représentées – détenu en l’occurrence par la collaboratrice de M. Chagaev, lui-même absent «pour des raisons familiales»? Rien, à part pousser un cri dans le vide, ce qui fut fait.

«Où est Bulat Chagaev? On ne peut pas voter sans discussion…», s’insurge une voix. «J’aimerais que le candidat nous expose ses projets les yeux dans les yeux, notamment en ce qui concerne la formation des jeunes», appuie un autre actionnaire médusé. «C’est inadmissible, honteux, c’est de la dictature», renchérit un papy acquis depuis la nuit des temps aux rouge et noir. L’émotion, la peur sont perceptibles dans l’espace Facchinetti, salon de la Maladière au nom du patriarche. Ce dernier, pour la première fois depuis que Xamax est, a brillé par son absence. Dans la journée de lundi, après que son nom a circulé pour revenir à la vice-présidence du club, «le Gilbert» avait fermement démenti via un communiqué, ne cachant pas son inquiétude.

Les craintes de «Facchi» trouvent un écho vibrant dans les travées. «Est-ce ainsi qu’on honore l’histoire et les valeurs de Xamax? Va-t-on une fois de plus nous prendre pour des moutons?» Tonnerre d’applaudissements. Plus loin, Michaël, qui n’a «pas loupé beaucoup de matches depuis trente ans», joue la carte de l’émotion: «Je préfère vibrer pour notre équipe en 2e ligue plutôt que d’assister à ce cinéma.» Islam Satujev, sommé de répondre à toutes les interrogations, aura opposé un silence méprisant. «Où étiez-vous avant? Ce club était endetté depuis 2007 et vous n’avez rien fait», se contentera-t-il de rétorquer aux actionnaires. Noël est encore très, très loin.