Le scandale, mis au jour fin juin, de maltraitances répétées, systématiques, à des époques diverses et par des entraîneuses différentes, au sein du cadre national de gymnastique rythmique (GR) à Macolin, continue de ne pas trop faire parler de lui. L’affaire intéresse modérément, bien qu’elle concerne l’une des plus importantes associations du pays, la Fédération suisse de gymnastique (FSG). Mais peut-être ne coche-t-elle pas les bonnes cases, celles qui activent généralement les ardeurs militantes.


Sur ce sujet lire aussi:


Peut-être les choses avancent-elles, lentement mais sûrement. Après avoir licencié deux entraîneuses bulgares le 24 juin, annoncé l’ouverture d’une enquête externe, suspendu l’activité du cadre national (qui a repris le 28 juillet) et le chef du sport élite Felix Stingelin (jusqu’à la fin de l’enquête), l’été a passé.

Le 1er septembre, on apprenait que l’audit avait été confié au cabinet d’avocats Thilo Pachmann; le 8 septembre qu’un questionnaire serait adressé la semaine suivante (celle qui vient de s’achever) aux actuelles et anciennes gymnastes, à leurs parents, aux cadres techniques et administratifs. Ce sondage global constituera la base d’enquêtes spécifiques ultérieures, dont les résultats seront validés par un groupe d’experts, précise la FSG.

Cacher les responsabilités

Le tout devrait prendre trois mois. Certaines anciennes gymnastes nous ont fait savoir qu’elles se réservaient la possibilité de déposer une plainte commune selon les résultats produits. Mais d’autres, doutant de la volonté fédérale de faire le ménage, ne veulent pas attendre et mettent déjà la pression sur la FSG. C’est le cas principalement d’Elisabeth Gehrig-Bossi, la présidente du Centre régional de performance (CRP) de Bienne, qui a écrit le 11 septembre un courrier (dont Le Temps a eu copie) où elle s’inquiète d’une enquête qui ne serait destinée qu’à diluer les responsabilités.

Selon Mme Gehrig-Bossi, le mandat donné à l’enquêteur a été rédigé par la direction de la FSG et ne porte que sur des domaines techniques, sans poser la question des responsabilités. «La gymnastique rythmique n’est pas un sport à problèmes, mais la gestion des associations est problématique, écrit-elle. Depuis des années, nous nous battons avec une direction qui tolère les violations de l’éthique et donc la mise en danger de la santé physique et mentale des femmes, pour la plupart mineures, dans notre sport.»

La fin de la GR en élite?

La présidente du CRP de Bienne imagine même que la direction de la FSG (le président central Erwin Grossenbacher, le directeur général Ruedi Hediger et Felix Stingelin) pourrait, pour se couvrir, aller jusqu’à dissoudre la gymnastique rythmique comme sport d’élite en Suisse.

Des discussions passées auraient déjà évoqué cette option. La fédération a répondu cette semaine dans un communiqué affirmant son intention d’investir dans la GR, à travers la construction d’une nouvelle salle, la recherche de nouveaux entraîneurs pour remplacer ceux licenciés et l’autorisation d’inscriptions individuelles au niveau international (la Suisse ne présentait jusqu’ici que des ensembles pour regrouper ses forces).

Dans son courrier, Elisabeth Gehrig-Bossi vise également Swiss Olympic, très discret dans son rôle d’arbitre. Au Temps, l’association faîtière rappelle l’indépendance des fédérations ainsi que leur devoir de traiter les violations présumées de la charte d’éthique du sport. Sans pouvoir de coercition, Swiss Olympic indique ne disposer que de la carotte financière – réduire le montant de ses contributions – en cas de manquements répétés à la convention signée tous les quatre ans avec les fédérations.