Et puisqu'un nouveau siècle vient de s'ouvrir, rêvons un peu. D'abord, cela changera-t-il beaucoup? Après tout, les sports qu'a connus le XXe siècle ne sont pas tous nés avec lui: football, rugby, courses à pied et sauts d'obstacle, lancers de discobole, sports de neige: tout cela existait avant 1901, peu ou prou. Même la compétition automobile, alors que l'automobile fut au XXe ce que le chemin de fer fut au XIXe et ce qu'Internet ne sera pas au XXIe (puisqu'on en est aux prophéties, prenons des risques…). Tant il est vrai que, dès qu'il crée un nouvel objet, l'homme y voit moyen de se livrer à son divertissement favori: la compétition avec son semblable.

A ce sujet, d'ailleurs, et c'est, espérons-le, un autre gage de continuité: la montée en puissance du spectacle sportif durant la dernière moitié du siècle n'est pas liée à la seule explosion des médias; elle reflète aussi le demi-siècle de progrès démocratiques que nous avons connu (ce qui fait qu'au total ce siècle fut terriblement contrasté, entre barbarie politique et progrès de la tolérance; bien embarrassant, quand le pire n'est pas seul…). Le téléspectateur sportif mondial a vu la compétition s'exercer à partir de l'égalité des chances au départ. Egalité relative, mais bien moins que dans les autres domaines d'activité sociale. La concurrence, que le philosophe et père du libéralisme Adam Smith nommait «l'envie», se joue dans le sport en tout respect des règles du jeu, de même que la démocratie est le «pire système après tous les autres» pour orchestrer pacifiquement les conflits qui animent les hommes.

On peut y voir aussi une régression générale de l'humanité au stade ludique. Et il est vrai que les sociologues constatent que la maturité est de plus en plus tardive et que l'immaturité s'étire proportionnellement à la durée de vie, dans le monde occidental du moins.

Mais, puisque nous en sommes aux vœux, souhaitons que le sport fasse des progrès démocratiques au niveau de ses instances internationales, qui sont devenues de véritables multinationales politiques, en termes d'organisation et d'investissements financiers. Trop d'opacité règne encore, on l'a vu à certains scandales au plus haut niveau, dont il fut amplement question dans tous les journaux.

Et puis, rêvons de nouveaux sports, pourquoi pas? Le jeu qui consisterait non plus à franchir la barre la plus haute, mais à sauter le plus loin possible sous une barre à 50 cm du sol: façon de barrer la pulsion du toujours plus. Ou un football-rugby où le ballon ne serait ni rond ni ovale, mais de forme variable (on inventera bien une technique pour fabriquer ce ballon): façon d'entraîner les hommes à la décision imprévisible…

* Ecrivain.