Une enquête a été menée par le très sérieux et libéral journal The Economist (numéro du 15 au 21juillet), qui a titré, en couverture: «Les finances secrètes de la Formule 1». Certes, la Commission européenne s'était déjà penchée sur les affaires de la Fédération Internationale de l'Automobile et de la FOCA (Formula One Constructors Association) avant l'introduction de la F1 en Bourse. Et en effet, pourquoi la Commission chargée de veiller à la bonne marche de la concurrence ne se pencherait-elle pas sur cet univers qui draine un argent qu'on peut dire fou, via les investissements automobiles et médiatiques, et sur lequel les deux présidents de ces deux pôles d'organisation, Max Mosley pour la réglementation technique, et Bernie Ecclestone pour la répartition des finances entre écuries et médias, semblent avoir la haute main. Curieusement, après cette enquête de la Commission européenne, le siège de la FIA fut transféré de Paris à Genève. Or, voici qu'à Genève, le 28 juin dernier, les délégués des 70 nations membres de la FIA ont approuvé à l'unanimité une résolution concoctée en petit comité, octroyant les droits commerciaux de la F1 à une société appartenant à Bernie Ecclestone, dont, soit dit en passant, on reconnaît le motor-home dans le paddock des Grands Prix à son luxe pharaonique (pas question de monter à l'étage du camion, un ascenseur y pourvoie). Et jusqu'à quelle date ces droits lui sont-ils accordés? Jusqu'au 31 décembre… 2110. Plus d'un siècle. La dynastie de Bernie est tranquille.

Le problème, ou l'un des problèmes, c'est que la somme pour laquelle fut vendue cette concession (360 millions de dollars) sera très vite rattrapée, vu les montants des droits commerciaux payés par les chaînes de télévision. De là, autre problème, autre opacité: on devine ces montants, on en connaît l'échelle, mais on ne sait rien de précis et les signataires n'ont pas intérêt à vendre la mèche sinon les «Instances» accorderont les droits à une autre chaîne. Et ces «Instances», qui sont-elles? C'est un autre problème: les décisions, à commencer par ce vote à l'unanimité, sont prises en haut lieu, toujours par les mêmes. Or, et c'est là que nos fidèles partisans du libre marché commencent à tiquer: l'étendue des sommes en jeu et le nombre de partenaires liés par ces pactes (grands constructeurs, sponsors, médias) exigeraient une transparence économique à la mesure du succès de ce sport qui touche désormais des milliards de téléspectateurs. Une fois de plus se pose la question de l'adéquation entre la mondialisation du sport et la structure politique des Fédérations sportives. Plus encore que le football, la Formule 1 pose ce problème de manière exacerbée, et ce n'est pas étonnant puisque c'est le sport technologique par excellence.

*Ecrivain